Dostoïevski, Tolstoï, Camus, Sartre , il faut impérativement ajouter Schopenhauer et Nietzsche pour aboutir à l'ébauche , une "esquisse" ;-) d' un homme total
.
L'homme, Dieu, le social et la politique ....
Pour les quatre premiers , un clivage possible : Dostoievski comme Camus sont surtout dans l'analyse Tolstoï et Sartre tentent l'action .
N.B. Ce clivage devrait éclairer leurs positons respectives sur l'art ?
La beauté sauvera le monde pour Dostoievski (je n'ai toujours pas retrouvé l'origine exacte de la citation mais Stepan Trophimovitch dans les Possédés le clame haut et fort !1 )
L'art véritable ne peut être que d'inspiration divine selon Tolstoï , tout le reste est méprisable
Le beau pour Camus je ne connais pas trop ses théories esthétiques
Sartre ? assez sévère si l'on en juge par son Baudelaire
Schopenhauer : l'art est le meilleur très relatif de la production humaine si tant est que l'homme est capable de vivre bien et beau , si le bien et le beau existe dans la dimension de l’humain , avec un faible très marqué pour la musique ; l'exception !
Quant à Nietzsche ... tout un programme que je ne connais pas assez
1) dans l'Idiot mais oui , bien sûr , ne pouvait être dite que par un utopiste !
Pour ne plus courir après mes notes de lectures , conserver des impressions, enthousiasmes ou désaccords, noter tous ces livres convoités car on ne peut pas tout acheter ou tout lire , hélas! Ceci est un brouillon, un instrument de travail utile pour moi mais je souhaiterais suggérer votre participation et vos commentaires , ce qui explique ma décision aujourd'hui de l'ouvrir à tous Merci de votre lecture.
vendredi 19 décembre 2014
jeudi 25 septembre 2014
Penser à quelqu'un
La présentation de ce livre par Robert Maggiori dans Libé de ce jour me poursuit depuis ce matin . Je ne suis pas sure de résister mais encore un livre , est-ce bien raisonnable !!!
Maggiori a le don de me tenter et encore une fois je sens la nécessité de rappeler combien je suis attachée à la presse écrite . Je n'ai pas sauter le pas , je lis toujours chaque matin mon quotidien au petit déjeuner et son contenu bien souvent détermine mes réflexions de la journée .
Je n'ai pas encore trouvé cette même richesse par mes parcours sur le web . Je n'arrive pas à m'arreter sur une page sur écran comme je m'attarde sur le papier .
Cette impression persistante de l'éphémère sur le web me parait bien réelle , bien trop !
Un clic de souris et la pensée s'envole vers d'autres informations qui écrasent la précédente et j'ai bien peu l'opportunité de faire réapparaitre la page .
précisément l'article commence par ces inépuisables définitions de la pensée . , plus exactement de l'activité de l'esprit qui consiste à penser .
Penser , reflechir , imaginer, concevoir , raisonner (actif)
Penser prolongement des sens sentir, entendre rêver aussi (passif)
Mais c'est pour mieux montrer combien penser à quelqu'un est différent : penser à .un autre verbe.
Sujette aux idées fixes , la démonstration est facile ..
De la pensée à l'obsession qui vous coupe du monde ou qui crée entre ce qui n'est pas votre obsession et vous mêmes avec votre idée fixe , un écran étanche , ou plus vrai : deux niveaux de pensée et même d'existence .
Amour ou haine , positive ou négative cette "pensée à" est destructrice au moins dans les relations au monde ordinaires .
Je pense qu'on peut étendre cette réflexion à tout ce qui ne se plie pas à une pensée rationnelle .
Il me faudrait le livre :-)
Lisons ..
A propos
Le but de ce livre est simple: il consiste à expliquer pourquoi"penser à quelqu'un " ce n'est pas comme "penser à quelque chose", mais pas non plus une exception pour la pensée , ni dans la vie . Bien plutôt un modèle pour la pensée, et une orientation dans la vie.¨
Première partie : ce n'est pas comme penser à quelque chose
-Toi tu es amoureux
F.W. part sur une reflexion que lui fit sa grand-mère dont il se souvient qui l'a troublé, qu'il a ressenti comme une intrusion . Comment a-t-elle vu . Quelque chose d'absentLà je m'interroge : pourquoi la nécessité de l'absence . Ne peut-on penser à quelqu'un qu'en son absence ? ou bien le cas traité est-il défini par cette absence >> penser à quelqu'un d'absent
Pour ma part jusque là , pas trop d'accord Une mère par exemple qui regarde son enfant peut très bien être en situation ou en état de penser à lui . mais FW va surement justifier ...
Il semble que le triangle (sujet qui pense , la grand-mère et l'absent objet de la pensée ) soit important . illustration cette phrase exprimée dans la jalousie.
Notre pensée quand on pense à quelqu'un est visible par un tiers >>sentiment d'intrusion >>viloence
A qui pensez-vous et non à quoi pensez-vous ?
-Je pense à toi
à cause du " toi " complément qui change tout.Impossible d'imaginer ces mots de façon neutre
la pensée devient parole vivante . autant que dans un dialogue.(Martin Buber ( le Je et le Tu )
Activation de la relation ,La pensée dans le "je pense à toi " est dominée par l'émotion
(Vincent Delecroix , chanter , reprendre la parole)
Penser n'est pas transitif
/Sartre "je pense à Pierre qui n'est pas là .
je pense:
Pare l'absence de la personne à qui nous pensons nous prenons conscience plus que jamais de notre existence ,séparée, distincte , individuelle Descartes avait raison :-)
cogito sum cependant cruel cogito et cruelle existence qui se révèlent au moyen d'une distance>> conscience malheureuse d' Hegel
(distinguer pensée malheureuse où l'on retrouve Steiner origine de la pensée triste et pensée malheureuse par ce que des faits malheureux (qui pourraient être aussi heureux d'ailleurs ) , sont associés à la pensée
Quoi qu'on fasse la pensée ne résoudra pas l'absence malgré l'illusion qu'elle peut parfois crer "le coeur sait qu'il n'a pas ce pouvoir magique et que la pensée continue à se définir sans lui à la fois par son plein et son vide, produisant aussi bien la douceur de l'illusion que la cruauté de la desillusion qui parfois suivra Plus encore ce déchirement créera ou réveillera en nous un vide et plus qu'une absence , un manque, une détresse, peut être autant constitutifs de nous mêmes, de notre subjectivité , ce que nous croyons être N'est-ce pas aussi par lui que nous nous sentons exister ?
Il va donc jusqu'au plus intime ce déchirement lié à l'absence . Mais il va également au plus ouvert, au plus universel.D'où ce mode de penser qui crée l'empathie , la compassion etc....
Il se peut que ce soit tout l'espace de la pensée et du monde qui s'ouvre (ou qui risque de refermer) avec elle.
Penser à quelqu'un Quoi de plus simple ? Mais tout pourrait bien s'y ajouter .
Untel, unetelle
Mes pensées vont et viennnent. Elles butent sur ces étranges ilots rocheux que sont les autres.A condition de ne pas penser à quelqu'un colme à un objet à une chose , ce qui devrait être un principe.
Impératif Kantien : Ne jamais traiter quelqu'un comme un moyen mais comme une fin .
Penser à quelqu'un c'est à la fois plus et moins que de penser aux utres
Il est impossible de penser à tous comme de penser à quelqu'un .
Risque et chance à la fois
Style:
Penser à quelqu'un c'est penser à style
Imagination :
Question vitale , esthétique , morale Comment imaginer quelqu'un ?d'abord "individuer"
Camus mettait à la racine du mal et de la cruauté le manque d'imagination
Dès que je pense à quelqu'un je l'imagine
Nous pensons à quelqu'un comme à un personnage ou a un personnage comme à quelqu'un
Associations:
Je pense à toi et nos pensées ne sont pas seulement vagabondes et libres , mais revenantes et liées
(les catins de Diderot dans le neveu de Rameau
Les associations entre les idées renverraient -elles aux relations entre les êtres
Attachements (nous y voilà ! )
Nous ne choisissons pas ou du moins pas toujours ceux à qui nous pensons et surtout (paradoxalement) à ceux à qui nous pensons le plus .parce que notre pensée à surgi de la relation
nature primaire de l'attachement:
Attachement : désigne le besoin primaire d'une relation à un autre être singulier
L'attachement vient avant l'esprit et la cognition dans le developpement humain
Serge lebovici "l'objet est investi avant d'être perçu il est aimé ou haï avant d'être manipulé et connu ..
Dedoublement, égalité (le contraire de l'autre objet .condition pour penser à quelqu'un
(pas très clair ...)
Amour et haine
Rousseau : On ne se passionne pas pour les êtres insensibles ...... Ce qui nous sert on le cherche , mais ce qui veux nous servir on l'aimeCe qui nous nuit on le fuit mais ce qui veut nous nuire on le hait
penser à quelqu'un n'est jamais neutre c'est immédiatement ou l'aimer ou le haïr.
sur youtube
vendredi 12 septembre 2014
les origines ethniques des européens
A lire avec précaution , (voir le commentaire sur Amazon qui me parait fondé. )
http://www.amazon.fr/origines-ethniques-Europ%C3%A9ens-Georges-Cerbelaud-Salagnac/dp/2262008574/ref=sr_1_3?ie=UTF8&qid=1410544562&sr=8-3&keywords=les+origines+ethniques+des+europ%C3%A9ens.
N'étant pas spécialiste , je m'abstiens de lecture .
Certainement de bonnes choses interessantes mais difficile de faire le tri .
C'était tentant mais l'ampleur du sujet incite à la prudence .
Parti-pris fondamentaliste chrétien mis en avant par l'auteur du commentaire et dont on trouve la preuve dès les premières pages (Référence privilégiée à la Genèse)
Dommage la trame du livre était séduisante .
lundi 18 août 2014
Tolstoï : Qu'est-ce que l'art ?
Hou !!! Si ce n'était pas de Tolstoï, je serais effrayée , c'est une condamnation radicale de l'art moderne incluant le romantisme , les impressionnistes , les symbolistes les décadents , sans parler de l'art contemporain qui dessinait son profil à l'époque ou Tolstoï à écrit son livre .
"il ne peut y avoir d'art sans conscience religieuse et la beauté n'est qu'une perversion de l'art .
Un commentateur sur Amazon définit très bien l'essai de Tolstoï
Je me permets de le reproduire son message ici , il est parfait (à mon sens ) :
La conscience religieuse, 16 avril 2013
Ceci dit par ce que c'est Tolstoï on ne peut s'empecher une certaine sympathie lorsqu'il parle d'art dévoyé par le marché de l'art et le professionnalisme , lorsqu'il regrette toutes les energies dépensées dans des projets futiles quand tant de misère pourrait être soulagée par les sommes englouties dans des expériences artistiques contestables .... quand des fortunes croupissent dans descoffres-forts ... quand l'élitisme creuse l'abîme entre ceux qui ont accès à l'art et ceux qui en sont exclus .
Il n'a pas tort non plus quand il affirme que les critères esthétiques dans nos sociétés occidentales sont rarement sincères et authentiques mais plus souvent artificiels et subordonnés aux lois de ce qu'on appelle aujourd'hui merchandising .
A mon avis otez à son jugement la conscience religieuse et nous retrouvons beaucoup des fondements du communisme ou encore peut-être bien des échos à certaines théories bouddhistes
Romain Rolland le définissait comme un anarchiste chrétien ..
Peut être faut-il aussi retenir de l'expression conscience religieuse que l'étymologie stricte du mot religieux : encore que ... :
Il y a deux sources étymologiques du mot "religion" : relegere (cueillir, rassembler) et religare (lier, relier)
- relegere, de legere (cueillir, rassembler). Cette filiation sémantique et formelle trouve sa source dans Cicéron et est soutenue par Benveniste. C'est l'expérience de la sacralité, voire de la sainteté, de l'indemne sain et sauf : recueillir pour revenir et recommencer, dans une attention scrupuleuse, dans le respect, la patience, avec pudeur et piété. C'est l'être, l'essence, la chose même de la religion.
- religare, de ligare (lier, relier). C'est une étymologie probablement inventée par les chrétiens : la religion comme lien, lien social, croyance, lien fiduciaire, crédit fait au tout-autre en sa bonne foi, expérience du témoignage, obligation, ligament, devoir, dette entre hommes ou entre l'homme et dieu.
Ces deux sources sémantiques se croisent. Tout en critiquant Benveniste, en insistant sur le fait que l'étymologie ne fait jamais loi, Jacques Derrida les prend au sérieux. La distinction est "quasi-transcendantale". Elle correspond à deux veines irréductibles de la religion. La répétition de cette division est, "en vérité", l'origine de la répétition, la division du même.
Tant que la religion n'est pas instituée, il n'y a pas de terme commun à ce que nous appelons religion, il n'y a pas une chose une et identifiable que tous s'accorderaient à appeler religion. Unifier les deux termes, c'est résister à la disjonction, à l'altérité absolue. ( http://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0709031246.html)
Et encore parce que c'est Tolstoï j'aimerais bien m' y attarder davantage ...
Baudelaire , Verlaine ,Mallarmé Pouchkine , Wagner, Beethoven , les impressionnistes sont condamnés
Millet , Dostoievski (difficile à comprendre !) les contes et légendes populaires ont sa faveur
Ah encore : l'objet de la beauté se résume au plaisir .
"il ne peut y avoir d'art sans conscience religieuse et la beauté n'est qu'une perversion de l'art .
Un commentateur sur Amazon définit très bien l'essai de Tolstoï
Je me permets de le reproduire son message ici , il est parfait (à mon sens ) :
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Qu'est-ce que l'art ? (Broché)
Dans ce texte très étonnant Léon Tolstoï explique sa vision sur l'art et le but de l'art.
L'art, la religion, les classes, le professionnalisme
Pour Léon Tolstoï, l'art est une activité humaine qui consiste à transmettre des sentiments (des émotions) par des signes extérieurs. L'art ne consiste pas à créer de la beauté ou du plaisir ou à exprimer des émotions, mais à infecter les spectateurs, les lecteurs ou les auditeurs avec des sentiments. La valeur de ces sentiments doit être déterminée par la conscience religieuse (chrétienne), qui nous dicte ce qui est bon ou mauvais. Le critère de base pour désigner ce qui est bon, est la vie fraternelle de l'ensemble des populations sur terre. Le but de l'art consiste donc à transférer du domaine de la raison au domaine des émotions, la vérité que le bien-être de la population mondiale consiste dans son unité et dans le remplacement de la violence par l'amour (le Royaume de Dieu).
Malheureusement, les classes supérieures, les plus grands `consommateurs' d'art moderne, ont perdu la foi. Ils ont réduit l'art à la transmission de sentiments de vanité, d'amusement et de luxure. L'art est devenu artificiel, insincère et perverti. En un mot, une prostituée.
La sincérité de l'art a également été considérablement affaiblie quand les artistes sont devenus de purs professionnels.
Les moyens et les fins artistiques
Pour Léon Tolstoï, l'art `chrétien' peut être religieux (la transmission de sentiments concernant Dieu) ou universel (la transmission de sentiments quotidiens simples).
Des dissimulations délibérées visant à éveiller la curiosité, la révélation de nouveaux aspects de la réalité ou la mise de points d'interrogation dans une aeuvre n'aident pas, mais entravent la véritable transmission artistique. La poésie herméneutique n'est qu'une suite de mots incompréhensible, alors que le réalisme et le naturalisme ne sont pas plus que des contrefaçons de la réalité.
Évaluation
En effet, une des essences de l'art est la transmission de sentiments (d'émotions) dans le lecteur, l'auditeur ou le spectateur. Mais, la conscience religieuse (chrétienne) ne peut en aucun cas être considérée comme le (seul) critère pour déterminer si l'art est bon ou mauvais. L'art peut aussi transmettre des messages (émotionnels) sur des réalités sociales ou politiques (guerre, paix), sur la psychologie humaine (amour, haine) ou encore sur des réalités potentielles (de l'anticipation).
Les messages peuvent, bien sûr, être transmis sous une forme attrayante, suscitant la curiosité du lecteur/spectateur.
L'analyse de la poésie herméneutique ne vaut peut-être pas la peine (en fin de compte elle ne cache souvent que des sentiments/messages simples), mais les exemples que Léon Tolstoï donne, sont très compréhensibles.
In fine, l'argumentation de Léon Tolstoï concernant la transmission de sentiments simples devient une caricature, quand il rejette le Faust de Goethe parce que la pièce de théâtre n'est qu'une imitation d'anciennes aeuvres d'autres écrivains, ou, quand il appelle les dernières compositions de Beethoven (y compris sa 9me symphonie) du charabia artistique, parce que Beethoven était sourd quand il les a composées.
Ce texte controversé ne peut être recommandé qu'aux fanas de Léon Tolstoï et qu'aux professionnels de (histoire de) l'art.
http://www.amazon.fr/review/R4QSDA08GU60K/ref=cm_cr_dp_title?ie=UTF8&ASIN=2130554407&channel=detail-glance&nodeID=301061&store=booksL'art, la religion, les classes, le professionnalisme
Pour Léon Tolstoï, l'art est une activité humaine qui consiste à transmettre des sentiments (des émotions) par des signes extérieurs. L'art ne consiste pas à créer de la beauté ou du plaisir ou à exprimer des émotions, mais à infecter les spectateurs, les lecteurs ou les auditeurs avec des sentiments. La valeur de ces sentiments doit être déterminée par la conscience religieuse (chrétienne), qui nous dicte ce qui est bon ou mauvais. Le critère de base pour désigner ce qui est bon, est la vie fraternelle de l'ensemble des populations sur terre. Le but de l'art consiste donc à transférer du domaine de la raison au domaine des émotions, la vérité que le bien-être de la population mondiale consiste dans son unité et dans le remplacement de la violence par l'amour (le Royaume de Dieu).
Malheureusement, les classes supérieures, les plus grands `consommateurs' d'art moderne, ont perdu la foi. Ils ont réduit l'art à la transmission de sentiments de vanité, d'amusement et de luxure. L'art est devenu artificiel, insincère et perverti. En un mot, une prostituée.
La sincérité de l'art a également été considérablement affaiblie quand les artistes sont devenus de purs professionnels.
Les moyens et les fins artistiques
Pour Léon Tolstoï, l'art `chrétien' peut être religieux (la transmission de sentiments concernant Dieu) ou universel (la transmission de sentiments quotidiens simples).
Des dissimulations délibérées visant à éveiller la curiosité, la révélation de nouveaux aspects de la réalité ou la mise de points d'interrogation dans une aeuvre n'aident pas, mais entravent la véritable transmission artistique. La poésie herméneutique n'est qu'une suite de mots incompréhensible, alors que le réalisme et le naturalisme ne sont pas plus que des contrefaçons de la réalité.
Évaluation
En effet, une des essences de l'art est la transmission de sentiments (d'émotions) dans le lecteur, l'auditeur ou le spectateur. Mais, la conscience religieuse (chrétienne) ne peut en aucun cas être considérée comme le (seul) critère pour déterminer si l'art est bon ou mauvais. L'art peut aussi transmettre des messages (émotionnels) sur des réalités sociales ou politiques (guerre, paix), sur la psychologie humaine (amour, haine) ou encore sur des réalités potentielles (de l'anticipation).
Les messages peuvent, bien sûr, être transmis sous une forme attrayante, suscitant la curiosité du lecteur/spectateur.
L'analyse de la poésie herméneutique ne vaut peut-être pas la peine (en fin de compte elle ne cache souvent que des sentiments/messages simples), mais les exemples que Léon Tolstoï donne, sont très compréhensibles.
In fine, l'argumentation de Léon Tolstoï concernant la transmission de sentiments simples devient une caricature, quand il rejette le Faust de Goethe parce que la pièce de théâtre n'est qu'une imitation d'anciennes aeuvres d'autres écrivains, ou, quand il appelle les dernières compositions de Beethoven (y compris sa 9me symphonie) du charabia artistique, parce que Beethoven était sourd quand il les a composées.
Ce texte controversé ne peut être recommandé qu'aux fanas de Léon Tolstoï et qu'aux professionnels de (histoire de) l'art.
Ceci dit par ce que c'est Tolstoï on ne peut s'empecher une certaine sympathie lorsqu'il parle d'art dévoyé par le marché de l'art et le professionnalisme , lorsqu'il regrette toutes les energies dépensées dans des projets futiles quand tant de misère pourrait être soulagée par les sommes englouties dans des expériences artistiques contestables .... quand des fortunes croupissent dans descoffres-forts ... quand l'élitisme creuse l'abîme entre ceux qui ont accès à l'art et ceux qui en sont exclus .
Il n'a pas tort non plus quand il affirme que les critères esthétiques dans nos sociétés occidentales sont rarement sincères et authentiques mais plus souvent artificiels et subordonnés aux lois de ce qu'on appelle aujourd'hui merchandising .
A mon avis otez à son jugement la conscience religieuse et nous retrouvons beaucoup des fondements du communisme ou encore peut-être bien des échos à certaines théories bouddhistes
Romain Rolland le définissait comme un anarchiste chrétien ..
Peut être faut-il aussi retenir de l'expression conscience religieuse que l'étymologie stricte du mot religieux : encore que ... :
Il y a deux sources étymologiques du mot "religion" : relegere (cueillir, rassembler) et religare (lier, relier)
- relegere, de legere (cueillir, rassembler). Cette filiation sémantique et formelle trouve sa source dans Cicéron et est soutenue par Benveniste. C'est l'expérience de la sacralité, voire de la sainteté, de l'indemne sain et sauf : recueillir pour revenir et recommencer, dans une attention scrupuleuse, dans le respect, la patience, avec pudeur et piété. C'est l'être, l'essence, la chose même de la religion.
- religare, de ligare (lier, relier). C'est une étymologie probablement inventée par les chrétiens : la religion comme lien, lien social, croyance, lien fiduciaire, crédit fait au tout-autre en sa bonne foi, expérience du témoignage, obligation, ligament, devoir, dette entre hommes ou entre l'homme et dieu.
Ces deux sources sémantiques se croisent. Tout en critiquant Benveniste, en insistant sur le fait que l'étymologie ne fait jamais loi, Jacques Derrida les prend au sérieux. La distinction est "quasi-transcendantale". Elle correspond à deux veines irréductibles de la religion. La répétition de cette division est, "en vérité", l'origine de la répétition, la division du même.
Tant que la religion n'est pas instituée, il n'y a pas de terme commun à ce que nous appelons religion, il n'y a pas une chose une et identifiable que tous s'accorderaient à appeler religion. Unifier les deux termes, c'est résister à la disjonction, à l'altérité absolue. ( http://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0709031246.html)
Et encore parce que c'est Tolstoï j'aimerais bien m' y attarder davantage ...
Baudelaire , Verlaine ,Mallarmé Pouchkine , Wagner, Beethoven , les impressionnistes sont condamnés
Millet , Dostoievski (difficile à comprendre !) les contes et légendes populaires ont sa faveur
Ah encore : l'objet de la beauté se résume au plaisir .
lundi 4 août 2014
Tolstoï par Romain Rolland
Passionnant . J'adore cette manière de Romain
Rolland d'admirer sans édulcorer les faiblesses qui sont fatales
chez les passionnés. La critique des "Ecrits sur l'art " est un
régal notamment bien évidemment quand il s'agit de musique.
mercredi 23 juillet 2014
Sacré et profane (dans la musique )
Quatrième de couverture :
"Du Moyen âge, époque pendant laquelle toute expérience musicale était vouée à la divinité, au XXéme siècle , où il est de bon ton de déplorer la fin du sacré , ce livre est un questionnement sur e sacré et le profane en musique. Faut-il trouver des passerelles entre ces deux notions ou alors les opposer ? Leurs rapports sont complexes : sont-ils conflictuels ?
Les Textes présentés ici poussent plutôt au dépassement des contraires et à l'abandon d'une opposition un peu convenue. S'ils témoignent de la présence et de l'influence des thèmes sacrés dans la création musicale, ils expriment aussi l'évolution des normes et du vocabulaire de la musique sacrée, ainsi que l'émergence de techniques nouvelles de composition et la force de rituels sociaux qui ont permis le rapprochement du sacré et du profane."
"Du Moyen âge, époque pendant laquelle toute expérience musicale était vouée à la divinité, au XXéme siècle , où il est de bon ton de déplorer la fin du sacré , ce livre est un questionnement sur e sacré et le profane en musique. Faut-il trouver des passerelles entre ces deux notions ou alors les opposer ? Leurs rapports sont complexes : sont-ils conflictuels ?
Les Textes présentés ici poussent plutôt au dépassement des contraires et à l'abandon d'une opposition un peu convenue. S'ils témoignent de la présence et de l'influence des thèmes sacrés dans la création musicale, ils expriment aussi l'évolution des normes et du vocabulaire de la musique sacrée, ainsi que l'émergence de techniques nouvelles de composition et la force de rituels sociaux qui ont permis le rapprochement du sacré et du profane."
dimanche 8 juin 2014
Ecrits sceptiques de Bertrand Russell
Essais sceptiques
Responsables :
Bertrand Russell, préface de Mathias Leboeuf, traduction de André Bernard
Résumé
Prenant pour point de
départ l’irrationalité du monde, B. Russell offre par contraste un point
de vue paradoxal et subversif : la croyance en la capacité de la raison
à déterminer les actions humaines. Ces essais (1928) avaient pressenti
les horreurs qui résultèrent des passions irrationnelles issues des
convictions religieuses et politiques, aussi connurent-ils un large
succès.
( http://www.laprocure.com/essais-sceptiques-bertrand-russell/9782251200088.html )
____
Contre l'irrationnel, Bertrand Russel propose le doute
Par Jean Blain (Lire), publié le
Le scepticisme de Bertrand Russell est un plaidoyer en faveur de la tolérance religieuse et politique.
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/contre-l-irrationnel-bertrand-russel-propose-le-doute_990145.html#fa4fMlFS7bfTGu2m.99
Mathématicien, logicien et philosophe, Bertrand Russell (1872-1970) est l'un des esprits les plus brillants du Royaume-Uni. Auteur des Principia mathematica (1910-1913),
ouvrage majeur de la logique moderne rédigé avec son ami Whitehead, et
partisan d'une philosophie scientifique fondée sur l'analyse logique, il
fut aussi un moraliste et un philosophe engagé. En 1916, son pacifisme
lui coûte d'être démis de ses fonctions au Trinity College à Cambridge
et d'être incarcéré quelques mois. Il recevra en 1950 le Nobel de
littérature, pour avoir été "au travers de ses nombreux écrits le
porte-parole de la libre pensée et des idéaux humanistes".
Dans ses Essais sceptiques, publiés en 1928, Russell propose, avec humour, une doctrine dont il craint qu'elle paraisse "terriblement paradoxale et subversive", à savoir qu'"il n'est pas désirable d'admettre une proposition quand il n'y a aucune raison de supposer qu'elle est vraie". Le scepticisme rationnel ne consiste pas à douter de tout, au point de ne plus pouvoir agir. Russell reconnaît tout résultat scientifique établi, non comme absolument certain, car, même s'ils sont d'accord, les spécialistes peuvent se tromper, mais "comme suffisamment probable pour fournir la base d'une action rationnelle".
En revanche, le degré de passion et d'intolérance avec lequel sont défendues les opinions religieuses et politiques pour lesquelles les hommes acceptent de se battre mesure précisément le manque de raisons logiques en leur faveur. Au fil de pages consacrées aux sujets les plus divers, la superstition, le bonheur, l'intolérance religieuse, l'éducation ou encore le puritanisme, Russell s'emploie à montrer que seule une bonne dose de scepticisme peut déjouer les illusions qui nous font adhérer aux croyances irrationnelles et croire, par exemple, que les actions guidées par la haine de l'autre sont en réalité commandées par l'amour de la justice. Ce plaidoyer sceptique pour la tolérance et la libre pensée repose sur la conviction qu'il est possible d'augmenter notre capacité à former des jugements rationnels et de promouvoir ainsi la morale authentique, fondée non sur l'envie et la restriction, mais sur le désir d'une vie pleine et la recherche du bonheur
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/contre-l-irrationnel-bertrand-russel-propose-le-doute_990145.html#fa4fMlFS7bfTGu2m.99
http://www.lexpress.fr/culture/livre/contre-l-irrationnel-bertrand-russel-propose-le-doute_990145.htmlDans ses Essais sceptiques, publiés en 1928, Russell propose, avec humour, une doctrine dont il craint qu'elle paraisse "terriblement paradoxale et subversive", à savoir qu'"il n'est pas désirable d'admettre une proposition quand il n'y a aucune raison de supposer qu'elle est vraie". Le scepticisme rationnel ne consiste pas à douter de tout, au point de ne plus pouvoir agir. Russell reconnaît tout résultat scientifique établi, non comme absolument certain, car, même s'ils sont d'accord, les spécialistes peuvent se tromper, mais "comme suffisamment probable pour fournir la base d'une action rationnelle".
En revanche, le degré de passion et d'intolérance avec lequel sont défendues les opinions religieuses et politiques pour lesquelles les hommes acceptent de se battre mesure précisément le manque de raisons logiques en leur faveur. Au fil de pages consacrées aux sujets les plus divers, la superstition, le bonheur, l'intolérance religieuse, l'éducation ou encore le puritanisme, Russell s'emploie à montrer que seule une bonne dose de scepticisme peut déjouer les illusions qui nous font adhérer aux croyances irrationnelles et croire, par exemple, que les actions guidées par la haine de l'autre sont en réalité commandées par l'amour de la justice. Ce plaidoyer sceptique pour la tolérance et la libre pensée repose sur la conviction qu'il est possible d'augmenter notre capacité à former des jugements rationnels et de promouvoir ainsi la morale authentique, fondée non sur l'envie et la restriction, mais sur le désir d'une vie pleine et la recherche du bonheur
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/contre-l-irrationnel-bertrand-russel-propose-le-doute_990145.html#fa4fMlFS7bfTGu2m.99
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les belles lettres sommaire :
II- Rêves et faits
III- La science est-elle superstitieuse ?
IV- L'homme peut-il être raisonnable ?
V- La philosophie au XXe siècle
VI- La machine et les sentiments
VII- Le Behaviourisme et les valeurs
VIII- Idéals du bonheur en Orient et en Occident
IX- le mal que font les « Hommes de Bien »
X- La recrudescence du puritanisme
XI- Le besoin de scepticisme en politique
XII- Pensée libre et propagande officielle
XIII- La liberté et la société
XIV- La liberté contre l'autorité dans l'éducation
XV- Psychologie et politique
XVI- Le danger des guerres de religion
XVII- Quelques perspectives gaies et autres
Bibliographie
_____
Sur Libération
Faut pas croire
CRITIQUE
Le philosophe Bertrand Russell démonte peurs et mythes irrationnels
Silhouette
dégingandée, chevelure blanche en pétard, pipe à la bouche. Une tête
qu’illuminent des yeux malicieux, posée sur un cou très fin. De loin, on
dirait monsieur Hulot. Dire qu’il est le plus grand philosophe
britannique du XXe siècle, qui a refaçonné tous les concepts
des mathématiques dans la perspective du «logicisme», en les fondant non
plus sur les axiomes arithmétiques mais sur la théorie des classes et
des relations, en ferait un personnage trop austère. En fait, Bertrand
Arthur William Russell est un drôle de zigue. Il se définit lui-même
comme «un whig britannique», et dit avoir l’amour british «du compromis et de la modération». On ne le croit pas vraiment, car, Sir Bertrand, on songe à le situer partout, sauf dans une «position moyenne».
Pacifisme. Moyenne n’est pas son ascendance : né le 18 mai 1872 à Trellech, Monmouthshire (mort le 2 février 1970 près de Penrhyndeudraeth, pays de Galles), orphelin de mère à deux ans, de père à quatre, il est le 3e comte Russell, petit-fils de John Russell, Premier ministre de la reine Victoria. Hors norme, comparable à celle d’une rock star, est la gloire qu’il connut de son vivant, avant et après le prix Nobel de littérature qu’il obtint en 1950, et jusqu’à la création, avec Jean-Paul Sartre, du Tribunal contre les crimes américains au Vietnam. Peu modérée est sa vie sentimentale, qui le fit se marier quatre fois et aller d’aventure en aventure. Enfiévrés apparaissent ses engagements politiques et éthiques, qui le firent défendre, au prix de quelques séjours en prison, le désarmement nucléaire, le pacifisme, les droits des femmes, l’éducation non autoritaire, l’amour libre, et fustiger le dogmatisme, la religion, la pruderie, les injustices du capitalisme… Voudrait-on quand même avaliser l’amour de la modération, il faudrait probablement le chercher dans le rapport que Russell entretient avec la vérité. Bien que faisant pleinement confiance aux sciences, il ne pense pas que quelque chose puisse avoir, jamais, le statut de vérité absolue, ni, à l’inverse, que toutes les propositions prétendent s’équivaloir sans se soumettre au verdict d’une argumentation sensée qui en montrerait soit l’invérifiabilité ou la fausseté (absolue) soit la vérité (relative). Aussi Sir Bertrand penche-t-il du côté du scepticisme. Non un «scepticisme héroïque» à la Pyrrhon, rejetant la possibilité même de la connaissance vraie, mais un scepticisme soft, qui cultive la disposition à écarter toute hypothèse infondée, contrôle les opinions en les confrontant loyalement aux opinions adverses et oppose des raisons raisonnables aux égarements irraisonnables des croyances.
Publiés en 1928, au moment où il adjoignait de plus en plus à son travail de philosophe, de logicien et d’épistémologue un intense activisme politique, les Ecrits sceptiques n’ont pas peu contribué à la renommée de Bertrand Russell. Ils ne provoquent pas le scandale que suscitera l’année suivante leMariage et la morale. Mais font probablement mieux. Ou irritent encore davantage bigots et bien-pensants, parce que le maître du Trinity College de Cambridge, en mêlant l’ironie, l’argumentation, l’exemplification, y démonte calmement les mythes, les peurs, les croyances sises dans la culture occidentale, qu’ils touchent l’influence de la psychanalyse, la théorie de la relativité, la superstition qui peut s’insinuer dans la science, les faux-semblants de la politique, la liberté, «les dangers des guerres de religion», le puritanisme ou «le mal que font les "hommes de bien"».
Bonheur. Comment faire pour que diminuent «les revenus des voyantes, des bookmakers, des évêques, de tous ceux enfin qui tirent leur subsistance des espoirs irrationnels» des gens ? Eh bien, il faut patiemment identifier, puis, par la force des faits, extirper les racines folles de nos convictions et nos actions, entre autres ces catégories mortifères que sont la culpabilité et le péché, «notion géographique». Ce n’est qu’ainsi que dans l’existence, dans la vie sociale, la vie politique, pourront se dégager «quelques perspectives gaies», et un idéal du bonheur qui n’exigerait pas, pour être bâti, la misère d’autrui. Aux yeux des ligues de vertu, qui empêcheront qu’il enseigne au New York City College, Bertrand Russell est l’auteur d’une œuvre «lubrique» et «dépourvue de toute fibre morale». Il écrivait : «Nous avons besoin d’une morale fondée sur l’amour de la vie, sur la joie de la croissance et des accomplissements positifs et non sur la répression et l’interdiction. On devrait considérer un homme comme "un homme de bien" s’il est heureux, expressif, généreux et joyeux du bonheur des autres.»
Robert MAGGIORIPacifisme. Moyenne n’est pas son ascendance : né le 18 mai 1872 à Trellech, Monmouthshire (mort le 2 février 1970 près de Penrhyndeudraeth, pays de Galles), orphelin de mère à deux ans, de père à quatre, il est le 3e comte Russell, petit-fils de John Russell, Premier ministre de la reine Victoria. Hors norme, comparable à celle d’une rock star, est la gloire qu’il connut de son vivant, avant et après le prix Nobel de littérature qu’il obtint en 1950, et jusqu’à la création, avec Jean-Paul Sartre, du Tribunal contre les crimes américains au Vietnam. Peu modérée est sa vie sentimentale, qui le fit se marier quatre fois et aller d’aventure en aventure. Enfiévrés apparaissent ses engagements politiques et éthiques, qui le firent défendre, au prix de quelques séjours en prison, le désarmement nucléaire, le pacifisme, les droits des femmes, l’éducation non autoritaire, l’amour libre, et fustiger le dogmatisme, la religion, la pruderie, les injustices du capitalisme… Voudrait-on quand même avaliser l’amour de la modération, il faudrait probablement le chercher dans le rapport que Russell entretient avec la vérité. Bien que faisant pleinement confiance aux sciences, il ne pense pas que quelque chose puisse avoir, jamais, le statut de vérité absolue, ni, à l’inverse, que toutes les propositions prétendent s’équivaloir sans se soumettre au verdict d’une argumentation sensée qui en montrerait soit l’invérifiabilité ou la fausseté (absolue) soit la vérité (relative). Aussi Sir Bertrand penche-t-il du côté du scepticisme. Non un «scepticisme héroïque» à la Pyrrhon, rejetant la possibilité même de la connaissance vraie, mais un scepticisme soft, qui cultive la disposition à écarter toute hypothèse infondée, contrôle les opinions en les confrontant loyalement aux opinions adverses et oppose des raisons raisonnables aux égarements irraisonnables des croyances.
Publiés en 1928, au moment où il adjoignait de plus en plus à son travail de philosophe, de logicien et d’épistémologue un intense activisme politique, les Ecrits sceptiques n’ont pas peu contribué à la renommée de Bertrand Russell. Ils ne provoquent pas le scandale que suscitera l’année suivante leMariage et la morale. Mais font probablement mieux. Ou irritent encore davantage bigots et bien-pensants, parce que le maître du Trinity College de Cambridge, en mêlant l’ironie, l’argumentation, l’exemplification, y démonte calmement les mythes, les peurs, les croyances sises dans la culture occidentale, qu’ils touchent l’influence de la psychanalyse, la théorie de la relativité, la superstition qui peut s’insinuer dans la science, les faux-semblants de la politique, la liberté, «les dangers des guerres de religion», le puritanisme ou «le mal que font les "hommes de bien"».
Bonheur. Comment faire pour que diminuent «les revenus des voyantes, des bookmakers, des évêques, de tous ceux enfin qui tirent leur subsistance des espoirs irrationnels» des gens ? Eh bien, il faut patiemment identifier, puis, par la force des faits, extirper les racines folles de nos convictions et nos actions, entre autres ces catégories mortifères que sont la culpabilité et le péché, «notion géographique». Ce n’est qu’ainsi que dans l’existence, dans la vie sociale, la vie politique, pourront se dégager «quelques perspectives gaies», et un idéal du bonheur qui n’exigerait pas, pour être bâti, la misère d’autrui. Aux yeux des ligues de vertu, qui empêcheront qu’il enseigne au New York City College, Bertrand Russell est l’auteur d’une œuvre «lubrique» et «dépourvue de toute fibre morale». Il écrivait : «Nous avons besoin d’une morale fondée sur l’amour de la vie, sur la joie de la croissance et des accomplissements positifs et non sur la répression et l’interdiction. On devrait considérer un homme comme "un homme de bien" s’il est heureux, expressif, généreux et joyeux du bonheur des autres.»
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