"1851, le succès des Parerga et Paralipomena , "petits écrits philosophiques" , sonne l'heure
pour Schopenhauer , de la reconnaissance tant attendue. Sur la religion
ne fait pourtant que reprendre, sous une forme concentrée et
incisive , les théories déjà présentes trente ans plus tôt dans le Monde comme volonté et comme représentation , son oeuvre maitresse... que personne n'a lue .(à lépoque !).
Réfutation définitive de l'existence de Dieu, condamnation des
dogmes religieux, formulation d'une éthique de la compassion
étendue aux animaux, éloge de la négation de soi inspiré du
bouddhisme : le philosophe pessimiste, qui influença entre
autres Nietzsche et Freud , a trouvé le style corrosif qui
correspond à sa pensée et le fit passer à la postérité."
(Texte intégral présenté par Etienne Osier )
(Quatrième de couverture )
Pour ne plus courir après mes notes de lectures , conserver des impressions, enthousiasmes ou désaccords, noter tous ces livres convoités car on ne peut pas tout acheter ou tout lire , hélas! Ceci est un brouillon, un instrument de travail utile pour moi mais je souhaiterais suggérer votre participation et vos commentaires , ce qui explique ma décision aujourd'hui de l'ouvrir à tous Merci de votre lecture.
mercredi 17 avril 2013
dimanche 10 mars 2013
Schopenhauer : Du néant de la vie
(extraits de Paregga et Paralipomena sortie en 1851: " Sur la doctrine de l'indestructibilité de notre être réel par la mort" et "Affirmation et négation de la volonté de vivre" )
Commentaires de Didier Raymond:
La pensée d'A. Schopenhauer est restée longtemps incomprise du public de l'époque.... subjugué d'hegelianisme et par les derniers feux de l'idealisme.
Or la philosophie de S est en grande partie un effort pour sortir de cet idealisme qui ne comprend le monde que comme idée ou comme représentation , une totalité réductible aux lois de l'entendement.. Toute cette tradition spéculative s'est détournée de ce que les sciences de la nature , et en particulier la physiologie, mettaient alors au jour à savoir la vie comme processus physiologique et chimique. Le soin avec lequel le philosophe lit les oeuvres de ( José Cabanis?) et de Xavier Bichat montre assez le souci de ne jamais séparer la demarche scientifique de la recherche philosophique "la metaphysique dit Schopenhauer est une science de l'expérience " . Cette proposition à valeur d'axiome mais ne signifie pas que sa pensée philosophique découle de l'expérience....sciences (physiologie)au XIX ème confirment les intuitions de la métaphysique Par métaphysique de la vie il faut entendre cette idée qui est au coeur de son système, à savoir que ce qui est le plus originaire dans toutes nos expériences et dans la totalité des être vivants , c'est le vouloir-vivre. Le Vouloir -vivre est un mouvement d'auto-developpement du vivantconçu hors des cadres traditionnels de la métaphysique, independamment du principe de finalité. Pense que la nture d'un être vivant répond à une finalité, c'est à dire à un but et finalement possède un sens , est le type d'illusions consolatrices que la philosophie doit éliminer. Seule subsiste la causalité réglant le monde des phénomènes .....
A lire sur la tentative avortée de la philosophie genealogiste de Schopenhauer : theoria.fr/schopenhauer-premisse-dune-genealogie/
Dans son ouvrage intitulé Schopenhauer, philosophe de l’absurde,
Clément Rosset nous invite à voir en Schopenhauer l’instigateur de la
méthode généalogiste, méthode reprise à sa suite par d’autres penseurs
tels que Nietzsche, Freud ou Marx.
En quoi consisterait cette méthode ? Il
s’agirait d’établir les rapports entre les deux termes d’un même
phénomène, et ce non pas dans le sens d’une filiation chronologique
(puisqu’il s’avère impossible de déterminer comment une idée peut agir
sur des idées postérieures) mais, dans une perspective très
schopenhauerienne, en reliant une manifestation à une volonté sourde qui
tendrait à réaliser ses buts selon une série de transformations que
décrypterait alors le généalogiste. Dans ce sens, Nietzsche, Marx et
Freud présenteraient la même valeur critique ainsi qu’une même approche
méthodologique : n’est-ce pas après tout une quête identique de l’être
caché dans le phénomène tangible qui s’exprime à travers leurs pensées
respectives ? Cette méthode aura réellement valu uniquement dans la
seconde moitié du XIXème siècle. Schopenhauer ne serait donc pas le
véritable père fondateur de la philosophie généalogiste, mais aurait
tout de même introduit certains germes de cette méthode à travers son
système ; en ce sens, il fut le père d’une intuition dont il n’aurait
pas mesuré la portée, trop respectueux d’un cadre normatif et
terminologique kantien qu’il comptait honorer. Il conviendra ici de se
questionner sur ce qui a fondé, chez lui, les prémisses de cette
méthode, et ce en s’appuyant sur les propos de Clément Rosset ; il
s’agira ensuite de vérifier la pertinence de la théorie de Rosset.
Pour en aboutir à cette intuition
généalogiste, Schopenhauer est parti de deux réflexions portant sur la
causalité et l’étonnement. Portons de prime abord notre regard sur cet
étonnement ; celui-ci, tout platonicien, porte sur des phénomènes
ordinaires et prend pour sujet d’étude le banal et l’habituel. Au
contraire de l’étonnement scientifique, qui vise les phénomènes inscrits
dans la nature (nature qui comporte des lois auxquelles il existe des
exceptions), l’étonnement philosophique surgit dans le cours naturel des
choses. L’étonnement schopenhauerien, quant à lui, tient lieu d’une
angoisse devant l’absence de causalité. Nous retrouvons ici une parenté
avec David Hume qui déjà critiquait l’idée de connexions causales dans
les phénomènes physiques et esquissait une différence fondamentale entre
nécessité physique et nécessité logique. Or, cet étonnement tend à
péricliter car tout, sous l’empire de l’entendement et de la science,
devient causal. L’étonnement schopenhauerien vise alors à détruire cette
idée de causalité scientifique partout présente dans la représentation,
et ce en opérant une distinction entre la cause (qui concerne la
nécessité physique) et la raison (qui concerne la nécessité logique).
Or, exprimant une Volonté absurde, l’existence est sans cause ni raison.
Schopenhauer émet une méfiance terrible envers l’impuissance de
l’étiologie, qui n’explique jamais que les connexions existantes entre
les phénomènes sans jamais toucher à leur essence : cette prétendue
science de la connaissance ne sera donc jamais que celle du prévenir, de
l’action, de l’operari (qui faut ici opposer à l’esse)
; Schopenhauer s’appuie notamment sur le concept de « force
naturelle », inexplicable pour la science. Or, c’est cette même force
qui provoque la chute d’un caillou ou la croissance d’une plante.
L’étiologie ne sera donc jamais qu’un sujet de désillusion. La science
renvoie d’apparence en apparence, de masque en masque, et veut s’imposer
comme science totale de la nature.
lundi 4 mars 2013
Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie
Chapitre 1
Divison fondamentale
Chapitre 2
De ce que l'on est
Chapitre 3
De ce que l'on a
Chapitre 4
De ce que l'on représente
Chapitre 5
Parénèses et maximes
Chapitre 6
De la différence des âges de la vie
Schopenhauer : Le vouloir-vivre, l'art et la sagesse
(Textes choisis par André Dez)
-le monde comme représentation
-le monde comme vouloir vivre
-l'art ou le monde contemplé : première liberation du vouloir vivre
-La morale pessimiste ou le monde transformé
-la négation du vouloir vivre ou la guerre à mort faite à l'égoïsme
-Le néant : le terme où aboutit la négattion du vouloir vivre
-le monde comme représentation
-le monde comme vouloir vivre
-l'art ou le monde contemplé : première liberation du vouloir vivre
-La morale pessimiste ou le monde transformé
-la négation du vouloir vivre ou la guerre à mort faite à l'égoïsme
-Le néant : le terme où aboutit la négattion du vouloir vivre
Schopenhauer : essai sur le libre arbitre
1) (presentation Guy Samana) (mediathèque Bretigny )
Chapitre I
Définitions
1 de la liberté
2 de la conscience
Chapitre 2
La volonté devant la conscience
Chapitre 3
La volonté devant la perception extérieure
Chapitre 4
Tous les grands penseurs se sont rangés à l'idée deterministe
Chapitre 5
conclusion et considération plus haute
(sentiment de la responsabilité morale
Appendice I
De la liberté intellectuelle
Appendice II
Exposition de la théorie de Kant
sur la liberté , empruntée à la dissertation sur les fondements de la morale par Schopenhauer
________________
2)
Ici préface Didier Raymond
(Sans appendices I et II)
dimanche 24 février 2013
Schopenhauer par Clement Rosset
Bibli Brétigny
.La vie
.La philosophie
.L'oeuvre
.Extraits :
I... __Le monde comme volonté...
1) L'étonnement philosophique
2)Les philosophes apprivoisées
3)Insuffisances des explications causales
4) La volonté est l'essence du monde
5) Toute représentation intellectuelle est subordonnée à la volonté
6) La volonté est la source de toute volonté consciente
7) La folie est affaire de volonté
8)La théorie de la volonté ne parvient pas à expliquer la diversité des caractères
II.__ Le monde absurde : critique du rationalisme
A) L'illusion de la nécessité
9) L'idée de force naturelle ne doit pas être confondue avec l'idée de causalité
10) Le monde échappe à la causalité réelle
11) métaphysique de l'amour
B) L'illusion de la finalité
12) La Théodicée inversée : le monde est parfait dans son détail, absurde dans son ensemble
13) Aune finalité n'est à l'origine de la volonté
C) L'illusion du devenir
14) Le temps n'est que la répétition du présent
15) Métaphysique de la mort
D) L'illusion de la liberté
16) l'illusion du libre choix
17 Chaque caractère est déterminé à l'avance
E) Le pessimisme
18) Seule la douleur est positive
19)La théodicée inversée: le monde est le plus mauvais des mondes possibles
III . __ Les voies du salut
A) l'art
20) L'art est la revanche de l'intelligence sur la volonté
21) La musique est miroir immédiat de la volonté
B) La morale
22) La vertu morale dissipe l'illusion de la volonté individuelle
C) La négation de la volonté est la seule forme de bonheur
Excellent ouvrage de référence , il faut que je me le procure !!!
Schopenhauer par Clement Rosset aux PUF
.Table des matières.La vie
.La philosophie
.L'oeuvre
.Extraits :
I... __Le monde comme volonté...
1) L'étonnement philosophique
2)Les philosophes apprivoisées
3)Insuffisances des explications causales
4) La volonté est l'essence du monde
5) Toute représentation intellectuelle est subordonnée à la volonté
6) La volonté est la source de toute volonté consciente
7) La folie est affaire de volonté
8)La théorie de la volonté ne parvient pas à expliquer la diversité des caractères
II.__ Le monde absurde : critique du rationalisme
A) L'illusion de la nécessité
9) L'idée de force naturelle ne doit pas être confondue avec l'idée de causalité
10) Le monde échappe à la causalité réelle
11) métaphysique de l'amour
B) L'illusion de la finalité
12) La Théodicée inversée : le monde est parfait dans son détail, absurde dans son ensemble
13) Aune finalité n'est à l'origine de la volonté
C) L'illusion du devenir
14) Le temps n'est que la répétition du présent
15) Métaphysique de la mort
D) L'illusion de la liberté
16) l'illusion du libre choix
17 Chaque caractère est déterminé à l'avance
E) Le pessimisme
18) Seule la douleur est positive
19)La théodicée inversée: le monde est le plus mauvais des mondes possibles
III . __ Les voies du salut
A) l'art
20) L'art est la revanche de l'intelligence sur la volonté
21) La musique est miroir immédiat de la volonté
B) La morale
22) La vertu morale dissipe l'illusion de la volonté individuelle
C) La négation de la volonté est la seule forme de bonheur
Excellent ouvrage de référence , il faut que je me le procure !!!
dimanche 23 décembre 2012
condition animale
par Florence Burgat
http://www.amazon.fr/Penser-comportement-animal-Contribution-r%C3%A9ductionnisme/dp/2735112977/ref=sr_1_fkmr0_2?s=books&ie=UTF8&qid=1356286860&sr=1-2-fkmr0
Descriptions du produit
Présentation de l'éditeur
Dire qu'un animal se comporte à l'égard de ce qui l'entoure qu'est-ce à dire ? Le comportement est constitué par un type de manifestations qui n'appartient qu'à certains vivants ; il forme un flux continu et spontané qu'une étude segmentée détruit nécessairement. Pourtant, ce sont de brèves séquences comportementales isolées au laboratoire que l'on choisit d'étudier. Mais a-t-on encore affaire à un comportement ? Ne l'a-t-on pas ainsi réduit à l'un des éléments qui le composent : les mécanismes physiologiques, le programme génétique, les opérations cognitives, etc. ? Qu'est-ce qu'un animal empêché de se comporter, qui est-il ? On doit alors s'interroger sur les raisons de la prédominance des études de laboratoire et sur les bénéfices qui peuvent être tirés d'une telle production de connaissances. Car ces méthodes décident notamment des conditions de vie de millions de mammifères et d'oiseaux destinés à la consommation. A l'opposé de cette perspective réductionniste, le comportement est compris par les approches phénoménologiques comme l'expression d'une liberté, une relation dialectique avec le milieu. Celles-ci imposent du même coup des conditions d'observation en milieu naturel. Comment, dès lors, élaborer une éthologie plus juste, tant du point de vue de la compréhension du comportement que de celui des besoins, au sens large, des animaux placés sous la domination de l'homme ?
Biographie de l'auteur
Florence Burgat est directeur de recherche en philosophie à l'INRA. Elle a enseigné à l'EHESS, et est actuellement rattachée à l'équipe d'accueil "Philosophies contemporaines" de l'université de Paris I. Après avoir travaillé sur la définition de l'animalité dans la philosophie occidentale moderne et contemporaine, elle s'est intéressée à la condition des animaux dans notre société. Ses recherches portent actuellement sur les approches phénoménologiques de la vie animale. Elle a publié plusieurs ouvrages, parmi lesquels Animal, mon prochain (Odile Jacob, 1997), Liberté et inquiétude de la vie animale (Kimé, 2006).
http://www.amazon.fr/Une-autre-existence-condition-animale/dp/2226208992/ref=sr_1_fkmr0_1?s=books&ie=UTF8&qid=1356286860&sr=1-1-fkmr0
Description de l'ouvrage
Date de publication: 4 janvier 2012 | Série: Bibliothèque Idées
Les animaux sont-ils de «simples vivants», comme le ressasse une tradition de pensée encore dominante ? L'opposition entre vie et existence les range, avec les plantes, dans un ensemble homogène - le grand tout de la Nature - pour mieux réserver à l'homme la tragédie de l'existence. N'y a-t-il donc que lui pour vivre sa vie ? pour naître et mourir, ressentir l'angoisse ou la joie ? Le dualisme entre vie animale et existence humaine ne résiste pourtant pas à un examen sérieux.
Au terme d'un parcours critique à travers les philosophies qui ont pensé l'animal, Florence Burgat se demande à quelles conditions une vie peut être qualifiée d'existence. Chaque fois, nous dit-elle, qu'un être vivant est non seulement un centre à partir duquel s'organisent ses relations à l'entourage, mais aussi le sujet de ses propres expériences.
Tracée à partir des perspectives ouvertes par la phénoménologie, la notion d'existence animale ne saurait être sans conséquence sur le débat éthique. Affirmer que les animaux existent en première personne constitue une réponse forte à un utilitarisme qui se borne à condamner la souffrance, sans souci du caractère unique et irremplaçable de chaque existence. L'interrogation philosophique sur ces autres existences doit être telle que «celui qui questionne est lui-même mis en cause par la question» (Merleau-Ponty).
Florence Burgat est philosophe, directrice de recherche à l'INRA et membre du CERSES. Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages fondamentaux sur la question animale dont Animal mon prochain (Odile Jacob, 1997) et Liberté et inquiétude de la vie animale (Kimé, 2006).
Au terme d'un parcours critique à travers les philosophies qui ont pensé l'animal, Florence Burgat se demande à quelles conditions une vie peut être qualifiée d'existence. Chaque fois, nous dit-elle, qu'un être vivant est non seulement un centre à partir duquel s'organisent ses relations à l'entourage, mais aussi le sujet de ses propres expériences.
Tracée à partir des perspectives ouvertes par la phénoménologie, la notion d'existence animale ne saurait être sans conséquence sur le débat éthique. Affirmer que les animaux existent en première personne constitue une réponse forte à un utilitarisme qui se borne à condamner la souffrance, sans souci du caractère unique et irremplaçable de chaque existence. L'interrogation philosophique sur ces autres existences doit être telle que «celui qui questionne est lui-même mis en cause par la question» (Merleau-Ponty).
Florence Burgat est philosophe, directrice de recherche à l'INRA et membre du CERSES. Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages fondamentaux sur la question animale dont Animal mon prochain (Odile Jacob, 1997) et Liberté et inquiétude de la vie animale (Kimé, 2006).
Descriptions du produit
Extrait
Extrait de l'avant-propos de Heinz Wismann
Nous sommes intuitivement frappés, et aussi intuitivement gênés, par les souffrances que peuvent endurer les animaux. Pour les conjurer, la perspective utilitariste se préoccupe de minimiser ou de faire disparaître celles qui relèvent du domaine physique : les blessures, les pathologies, les mauvais traitements, toutes les atteintes portées au corps. Mais il est nécessaire d'aller plus loin et de se demander comment on peut cerner ce qui mérite le nom de «souffrance morale» chez les animaux.
Pour appréhender cette dimension qualifiée de «morale», s'agissant des animaux, on ne peut se contenter de la distinction entre les personnes et les choses, qui n'offre aucune voie pour cela. Une manière prometteuse, et peut-être essentielle, de parvenir à entrevoir cette réalité, qui se situe entre la personne, au sens où l'être humain revendique ce terme, et l'univers des choses qu'il désigne comme différent de lui, consiste à adopter une démarche phénoménologique. C'est celle que Florence Burgat met en oeuvre dans son livre. L'examen des conditions de possibilité d'une existence, au-delà de ce qui est déclaré «simplement vivant», au coeur du phénomène de la vie, passe par une attention portée à l'unité incarnée qu'est l'organisme, et à ses modes d'expression que sont l'individuation et le comportement. Ainsi que l'approche husserlienne permet de le montrer, les animaux participent à la constitution du monde et ils sont les sujets de leurs expériences.
À la lumière de ces acquis, on peut tenter une autre approche qui, finalement, converge avec la reconstruction phénoménologique de la vie comme existence. Il s'agit de partir de la distinction grecque, approfondie par Aristote, entre zoè et bios, qui pose une nette distinction entre, d'une part, la vie végétative (zoè), qui se maintient dans un échange avec le monde extérieur réglé de manière invariable (encore que des mutations et des transformations évolutives peuvent survenir, mais de manière différée, c'est-à-dire dans la descendance), et, d'autre part, l'intégration progressive, c'est-à-dire historique, des expériences vécues (bios). L'intégration de modifications par la sélection naturelle est une chose, l'intégration de ses expériences par un individu en est une autre. Si le critère d'une vie vécue, et non pas simplement subie, est la capacité d'un organisme à intégrer lui-même les expériences qu'il fait de ses rapports avec le milieu, autrement dit s'il a une histoire de sa vie, il sort de l'ordre de la zoè pour entrer dans celui du bios, dont l'aboutissement est traditionnellement reconnu dans la biographie humaine.
Parmi les conditions qui rendent possible ce processus d'apprentissage historique basé sur des expériences vécues, le rapport à la chaleur vivifiante semble fondamental, peut-être même fondateur. Ce sont en effet les animaux à sang chaud qui, à la naissance, ont besoin d'être couvés ou qui se lovent contre leur mère. Au cours de cette période de protection vitale, ils acquièrent jusque dans la formation de leur système neuronal la capacité de distinguer le froid hostile du chaud salvateur. Il se crée ainsi l'amorce d'une vie affective dans laquelle se manifestent l'attraction et le désir tout autant que la répulsion et la crainte. Les animaux à sang chaud sont en mesure d'individualiser leur vie au fil d'une série d'expériences intégrées auxquelles on peut donner le nom d'histoire individuelle.
Nous sommes intuitivement frappés, et aussi intuitivement gênés, par les souffrances que peuvent endurer les animaux. Pour les conjurer, la perspective utilitariste se préoccupe de minimiser ou de faire disparaître celles qui relèvent du domaine physique : les blessures, les pathologies, les mauvais traitements, toutes les atteintes portées au corps. Mais il est nécessaire d'aller plus loin et de se demander comment on peut cerner ce qui mérite le nom de «souffrance morale» chez les animaux.
Pour appréhender cette dimension qualifiée de «morale», s'agissant des animaux, on ne peut se contenter de la distinction entre les personnes et les choses, qui n'offre aucune voie pour cela. Une manière prometteuse, et peut-être essentielle, de parvenir à entrevoir cette réalité, qui se situe entre la personne, au sens où l'être humain revendique ce terme, et l'univers des choses qu'il désigne comme différent de lui, consiste à adopter une démarche phénoménologique. C'est celle que Florence Burgat met en oeuvre dans son livre. L'examen des conditions de possibilité d'une existence, au-delà de ce qui est déclaré «simplement vivant», au coeur du phénomène de la vie, passe par une attention portée à l'unité incarnée qu'est l'organisme, et à ses modes d'expression que sont l'individuation et le comportement. Ainsi que l'approche husserlienne permet de le montrer, les animaux participent à la constitution du monde et ils sont les sujets de leurs expériences.
À la lumière de ces acquis, on peut tenter une autre approche qui, finalement, converge avec la reconstruction phénoménologique de la vie comme existence. Il s'agit de partir de la distinction grecque, approfondie par Aristote, entre zoè et bios, qui pose une nette distinction entre, d'une part, la vie végétative (zoè), qui se maintient dans un échange avec le monde extérieur réglé de manière invariable (encore que des mutations et des transformations évolutives peuvent survenir, mais de manière différée, c'est-à-dire dans la descendance), et, d'autre part, l'intégration progressive, c'est-à-dire historique, des expériences vécues (bios). L'intégration de modifications par la sélection naturelle est une chose, l'intégration de ses expériences par un individu en est une autre. Si le critère d'une vie vécue, et non pas simplement subie, est la capacité d'un organisme à intégrer lui-même les expériences qu'il fait de ses rapports avec le milieu, autrement dit s'il a une histoire de sa vie, il sort de l'ordre de la zoè pour entrer dans celui du bios, dont l'aboutissement est traditionnellement reconnu dans la biographie humaine.
Parmi les conditions qui rendent possible ce processus d'apprentissage historique basé sur des expériences vécues, le rapport à la chaleur vivifiante semble fondamental, peut-être même fondateur. Ce sont en effet les animaux à sang chaud qui, à la naissance, ont besoin d'être couvés ou qui se lovent contre leur mère. Au cours de cette période de protection vitale, ils acquièrent jusque dans la formation de leur système neuronal la capacité de distinguer le froid hostile du chaud salvateur. Il se crée ainsi l'amorce d'une vie affective dans laquelle se manifestent l'attraction et le désir tout autant que la répulsion et la crainte. Les animaux à sang chaud sont en mesure d'individualiser leur vie au fil d'une série d'expériences intégrées auxquelles on peut donner le nom d'histoire individuelle.
Revue de presse
La réflexion que propose Florence Burgat relève (...) de la phénoménologie, et vise à montrer l'inanité du dualisme vie animale/existence humaine. S'il est une «rupture ontologique» dans l'ordre du vivant, elle est à ses yeux entre les végétaux et les animaux...
L'animal n'est pas un «simple vivant» : il est un existant. Afin d'arriver à en déterminer le sens, Burgat entreprend dès lors un long parcours, escarpé, au cours duquel elle se confronte à Husserl, Heidegger, Levinas, Patočka, Michel Henry, Derrida, Deleuze, ou, sur la notion d'organisme et de comportement, à Kurt Goldstein, Viktor von Weizsäcker, Jacob von Uexküll, Frederik Buytendijk, Simondon, Canguilhem. Voulant éviter de (re)tomber dans l'anthropocentrisme, elle renonce aux «critères anthropologiques mis au jour par les philosophies dites "de l'existence", et décrits depuis les situations humaines», et arrive à la définition suivante de l'existence animale : «On parlera d'existence chaque fois qu'un être vivant est non seulement un centre à partir duquel s'organisent ses relations à l'entourage, mais encore est le sujet de ses expériences», et que celles-ci «sont vécues en première personne». (Robert Maggiori - Libération du 24 mai 2012 )
L'animal n'est pas un «simple vivant» : il est un existant. Afin d'arriver à en déterminer le sens, Burgat entreprend dès lors un long parcours, escarpé, au cours duquel elle se confronte à Husserl, Heidegger, Levinas, Patočka, Michel Henry, Derrida, Deleuze, ou, sur la notion d'organisme et de comportement, à Kurt Goldstein, Viktor von Weizsäcker, Jacob von Uexküll, Frederik Buytendijk, Simondon, Canguilhem. Voulant éviter de (re)tomber dans l'anthropocentrisme, elle renonce aux «critères anthropologiques mis au jour par les philosophies dites "de l'existence", et décrits depuis les situations humaines», et arrive à la définition suivante de l'existence animale : «On parlera d'existence chaque fois qu'un être vivant est non seulement un centre à partir duquel s'organisent ses relations à l'entourage, mais encore est le sujet de ses expériences», et que celles-ci «sont vécues en première personne». (Robert Maggiori - Libération du 24 mai 2012 )
http://www.amazon.fr/Libert%C3%A9-inqui%C3%A9tude-animale-Florence-Burgat/dp/2841743810/ref=sr_1_fkmr0_3?s=books&ie=UTF8&qid=1356286860&sr=1-3-fkmr0
Descriptions du produit
Présentation de l'éditeur
La question de l'animal occupe une place singulière dans la philosophie occidentale moderne. L'animal y est certes présent, mais à un titre bien particulier. Il désigne l'être privé de tous les attributs qui sont censés caractériser l'humain : l'âme, la raison, la conscience, le langage, le monde... Cette approche privative a notamment conduit à une lecture mécaniste de la vie animale. S'opposant à cette conception, les approches phénoménologiques ont ruiné les fondements philosophiques du mécanisme, mais aussi du vitalisme. C'est en effet en partant de l'animal comme " corporéité animée ", et en considérant son comportement comme la manifestation de la vie en lui - d'une vie qui n'est ni l'arrière-plan ni la cause des phénomènes vitaux - qu'un tout autre regard s'est mis en place. La reconnaissance de la liberté et de l'inquiétude, du fait du mouvement spontané, de la perception et de l'émotion, distingue la vie animale de la vie végétale, et permet d'y voir l'émergence d'une condition existentielle.
Biographie de l'auteur
Florence Burgat, philosophe, est chercheur à l'INRA. Elle a notamment publié Animal, mon prochain, éditions Odile Jacob, 1997, prix de philosophie de l'Académie française.
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