Pour ne plus courir après mes notes de lectures , conserver des impressions, enthousiasmes ou désaccords, noter tous ces livres convoités car on ne peut pas tout acheter ou tout lire , hélas!
Ceci est un brouillon, un instrument de travail utile pour moi mais je souhaiterais suggérer votre participation et vos commentaires , ce qui explique ma décision aujourd'hui de l'ouvrir à tous Merci de votre lecture.
Réflexions sur l'esclavage des nègres suivi de Premier et deuxième mémoire sur l'instruction publique Collection "les livres qui ont changé le monde " 4ème de couv. " 1 781: alors que , en plein siècle des Lumières, le commerce triangulaire connait son apogée, la parution des Réflexions sur l'esclavage des nègres suscite la controverse. Quels sont les arguments des partisans de l'esclavage ? Pourquoi cette pratique n'est-elle pas plus justifiable moralement qu'économiquement ? Commment organiser sa suppression progressive ? Telles sont les questions auxquelles répond Condorcet dans ce brûlot publié sous seudonyme. Démontrant un à un les rouages du discours esclavagiste, les Réflexions ont annoncé le combat pour l'abolition et incitent encore chacun à la vigilence contre toute forme d'assujettissement. .."
Cultiver la terre , élever des animaux , c'est une révolution symbolique: se rendre maître du monde et s'approprier ses ressources .
[...]
La Célébration de la virilité débute avec le néolithique. Les guerriers deviennent alors le thème privilégié des images publiques .
[...]
Que je rapproche de Sapiens De Y.N Harari
Deuxième partie : La révolution agricole " La plus grande escroquerie de l'humanité" .
Une autre analyse , celle de Christophe Darmangeat sur son blog "La hutte des classes",anthropologie sociale, préhistoire et marxisme: La naissance des paiements : un casse-tête néolithique A lire aussi sur Wikipedia : - Alain Testart :(Anthropologue français 1945-2013): Les chasseurs- cueilleurs l'origine des inégalités - Vere Gordon Childe (archéologue australien 1892-1957) Revolution néolithique - révolution urbaine (Traduction en français ? ) la question qui se pose , au moins depuis Rousseau : Nos ancêtres Chasseurs -cueilleurs étaient -ils plus heureux , plus libres , plus égalitaires ????? et toujours l'origine des inégalités !
Le cri d'alarme de 15 000 scientifiques sur l'état de la planète "Bientôt il sera trop tard " (Le Monde du 14 novembre 2017 )
« Les transitions vers la durabilité peuvent
s’effectuer sous différentes formes, mais toutes exigent une pression de la
société civile, des campagnes d’explications fondées sur des preuves, un
leadership politique et une solide compréhension des instruments politiques,
des marchés et d’autres facteurs. Voici – sans ordre d’urgence ni d’importance
– quelques exemples de mesures efficaces et diversifiées que l’humanité
pourrait prendre pour opérer sa transition vers la durabilité :
1.privilégier la
mise en place de réserves connectées entre elles, correctement financées et
correctement gérées, destinées à protéger une proportion significative des
divers habitats terrestres, aériens et aquatiques – eau de mer et eau douce ;
2.préserver les services rendus par la nature
au travers des écosystèmes en stoppant la conversion des forêts, prairies et
autres habitats originels ;
3.restaurer sur
une grande échelle les communautés de plantes endémiques, et notamment les
paysages de forêt ;
4.ré-ensauvager
des régions abritant des espèces endémiques, en particulier des
superprédateurs, afin de rétablir les dynamiques et processus écologiques ;
5.développer et
adopter des instruments politiques adéquats pour lutter contre la défaunation,
le braconnage, l’exploitation et le trafic des espèces menacées ;
6. réduire le
gaspillage alimentaire par l’éducation et l’amélioration des infrastructures ;
7.promouvoir une réorientation
du régime alimentaire vers une nourriture d’origine essentiellement végétale ;
8.réduire encore le taux de fécondité en
faisant en sorte qu’hommes et femmes aient accès à l’éducation et à des
services de planning familial, particulièrement dans les régions où ces
services manquent encore ;
9.multiplier les
sorties en extérieur pour les enfants afin de développer leur sensibilité à la
nature, et d’une manière générale améliorer l’appréciation de la nature dans
toute la société ;
10.désinvestir
dans certains secteurs et cesser certains achats afin d’encourager un changement
environnemental positif ;
11.concevoir et
promouvoir de nouvelles technologies vertes et se tourner massivement vers les
sources d’énergie vertes tout en réduisant progressivement les aides aux
productions d’énergie utilisant des combustibles fossiles ;
12.revoir notre
économie afin de réduire les inégalités de richesse et faire en sorte que les
prix, les taxes et les dispositifs incitatifs prennent en compte le coût réel
de nos schémas de consommation pour notre environnement ;
13.déterminer à
long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement
défendable tout en s’assurant le soutien des pays et des responsables mondiaux
pour atteindre cet objectif vital.
Pour éviter une
misère généralisée et une perte catastrophique de biodiversité, l’humanité
doit adopter une alternative plus durable écologiquement que la pratique qui
est la sienne aujourd’hui. Bien que cette recommandation ait été déjà
clairement formulée il y a vingt-cinq ans par les plus grands scientifiques du
monde, nous n’avons, dans la plupart des domaines, pas entendu leur mise en
garde. Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à
l’échec, car le temps presse. Nous devons prendre conscience, aussi bien dans
nos vies quotidiennes que dans nos institutions gouvernementales, que la Terre,
avec toute la vie qu’elle recèle, est notre seul foyer. »
En savoir plus sur
http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/13/le-cri-d-alarme-de-quinze-mille-scientifiques-sur-l-etat-de-la-planete_5214185_3244.html#aS94dbSvLkdLW1CY.99
"Savoir et pouvoir "
Titre du sous-chapitre "la découverte de l'ignorance" dans Sapiens , p 305
On peut se poser la question : pourquoi Harari a-t-il préféré faire référence à Bacon plutôt qu'à Foucault qu'il ne cite pas une seule fois ?
Bien sûr on ne peut penser qu'à une omission volontaire ; c'est intéressant parce que à mon avis c'est là une illustration de sa démarche générale qui voudrait éviter le débat philosophique, stérile dans son contexte . En citant Foucault son propos aurait entrainé des considérations digressives vers une nouvelle exégèse de la pensée du philosophe de mai 68, et un débat comparatiste et contradictoire avec les thèses du philosophe du 17ème !
Harari sait que nous connaissons Foucault (beaucoup , mieux que moi :-) , et un peu moins Bacon , alors pour faire vite dans une histoire brève de l'humanité, choisir le père plutôt que le fils, l'ancêtre oublié plutôt que le parent adulé parait logique , d'autant que l'éclairage de la pensée foucaldienne nous permet tout de suite de saisir l'idée initialisée par Bacon .
L'essentiel étant dans la relation de Savoir et Pouvoir , pour l'un facteur de progrès (sciences et technologies), pour l'autre moyen moyen d’oppression .
Une petite note de l'auteur aurait toutefois été la bienvenue .
" La science , l'industrie et la technologie militaire ne s’entremêlèrent qu'avec l'avènement du système capitaliste et la révolution industrielle. Sitôt cette relation établie , cependant, elle transforma rapidement le monde ." (Sapiens p. 310)
Je continue avec ce qui fut son premier opus (dans cette catégorie d'ouvrages).
Cet homme est un phénomène ! Je suis conquise , par la clarté de ses théories , par cette capacité à jongler avec toutes ces disciplines , à les structurer , les organiser pour en extraire l'évidence !!
Je plaisante avec immensément de respect et sympathie son cerveau est une synthèse des machines qui supplanteront l'homme demain !
Faut -il les craindre ou l'espérer ?
Sommaire
Première partie - La révolution cognitive
1. Un animal insignifiant
2. L'arbre de la connaissance
3. Une journée dans la vie d' Adam et Eve
4. Le déluge
Deuxième partie - La révolution agricole
5. La plus grande escroquerie de l'histoire
6. Bâtir des pyramides
7. Surcharge mémorielle
8. Il n'y a pas de justice dans l'histoire
Troisième partie - L'unification de l'humanité
9. La flèche de l'histoire
10. L'odeur de l'argent
11. Visions impériales
12. La loi de la religion
13. Le secret de la réussite
Quatrième partie - La révolution scientifique
14. La découverte de l'ignorance
15. Le mariage de la science et de l'Empire
16. Le credo capitaliste
17. Les rouages de l'industrie
18. Une révolution permanente
19. Et ils vécurent heureux
20. La fin d'Homo sapiens
Voilà je 'ai lu ... Pour l'heure passons sur mon projet de roman avorté (peut-être :-)
Après bien des hésitations j'adhère et je reconnais à l'auteur des qualités exceptionnelles !
Pour moi c'est un visionnaire génial d'une érudition colossale !
Je ne mets pas toutefois de côté mon esprit critique et je reprends l'ouvrage pour tenter d'éclaircir quelques poins obscurs
D'abord pourquoi cet ouvrage ne déclenche -t-il pas (en France ?) plus de polémique ?
Pourquoi nos grands ténors de la philosophie , de la sociologie , de l'économie , des sciences se font-ils aussi discrets sur un tel sujet qui devrait révolutionner nos systèmes dans tous ces domaines ?
Pourquoi ne pas entendre ses alarmes ?
Aveux d'impuissance ou laxisme ? Indifférence au monde que nous laisserons aux prochaines générations ? Certitude d' être parmi les élus ? Mépris pour les futurs inutiles ?
Je n'ai peut être pas moi-même entendu les voix qui ont pris son parti ! mais je n'ai peut être pas suffisamment écouté ou prêté suffisamment attention , pas ouvert les bonnes portes ....
Le premier constat est que Harari est de culture anglo-saxonne et on n'oublie pas que le sérail de la vieille Europe traine toujours des pieds avant de prêter l'oreille aux sirènes qu'il n'a pas initiés !
Des pages de références pour appuyer ses théories ou seulement ses arguments ont le plus souvent des accents inconnus du grand public francophone ! Il est nécessaire de décrypter avant de valider et la prudence est un bon prétexte pour refuser l'engagement , même devant des évidences qui devraient rallier le bon sens commun .
Bien , bien j'ai aussi quelques points à éclaircir et ses démonstrations vont un vite parfois pour moi . (je devrais peut-être aussi lire Sapiens son premier opus .
Ce qui me trouble en premier lieu : c'est cette association d''humanisme-libéral qui a succédé aux précédentes théories philo-politico-économiques et qui serait responsable de la menace qui pèse sur l'humanité .
Je ne pense pas que les deux termes soient fatalement associés et qu'il faille rejeter à la fois l'un et l'autre dans ce couple mal apparié ?
Mais je soupçonne une vision anglo-saxonne des deux termes non en parfait accord avec nos concepts européens (du continent ) ???
L'effrayant sur lequel on peut indiscutablement s'arreter c'est sur les conséquences dramatiques de cette évolution de l'homme , (peut être réellement non maitrisable,) sur les autres espèces , l'écologie, sur la planète ... et sur la perspective quasi ineluctable que nous nous acheminons vers une société partitionnée entre individus nantis (plus ou moins augmentés ) et populations d'inutiles .
Ce constat comme cette perspective sont les deux menaces qu'il est difficile d'ignorer ou de réfuter .
" Harari parachève ainsi son grand ouvrage qui peut se lire comme une
nouvelle Bible, une version évolutionniste et anti spéciste de
l'histoire de l'homo sapiens, depuis sa genèse jusqu'à l'Apocalypse dont
l'auteur prophétise qu'elle pourrait être imminente. Une bible qui
affirme que la «religion» humaniste est une construction culturelle
imaginaire au même titre que les monothéismes. À cet égard, on s'étonne
qu'elle ne suscite pas davantage de débats dans les pays des droits de
l'homme.
Version evolutionniste : oui anti speciste ? que l'homme soit un animal , on ne peut qu'être d'accord , Que nous soyons le résultat d'algorithmes , c'est probable . Mais il n'y a pas de prophétie chez Harari il me semble . seulement la projection dans le futur de plusieurs possibles , dont certains alarmants. si nous ne changeons rien à notre manière de vivre .L'exacerbation des inégalités me parait bien évidente pour annoncer sans messianisme inconsidéré l'émergence d' une société à deux vitesses avec une population d'inutiles dont les privilégiés ne sauront que faire ! Dès les années 70 et avec le début de la robotisation , il était facile de prévoir la disparition progressive mais ineluctable des emplois . On leurrait alors les gens avec la promesse d'une civilisation des loisirs , et de là sont nées les 35 heures une....Le nécessaire partage de l'emploi était un leitmotiv . Aujourd'hui , on allonge le temps de travail et on voudrait gèré le chomage !! Beaucoup à dire sur le sujet !!!!! Apocalypse imminente : c'est avouer n'avoir pas lu le livre jusqu'au bout . Humanisme = religion , construction culturelle imaginaire : n'est-ce pas la caracteristique de tout idéal ? Moi je suis seulement génée quand Harari forme le couple Humanisme-libéral . Une philosophie de l'humain associée à un systéme politico-economique en ignorant le capitalisme serait mon reproche à Harari . Si sa culture anglo-saxonne lui permet de situer l'origine du libéralisme dans l'humanisme , on peut comprendre avec un peu gymnastique mentale , mais l'humanisme ne peut cautionner le capitalisme qui ,issu du libéralisme opprime , les non-possédants et dicte sa tyrannie du marché ! Je reprocherais à Harari d'ignorer le capitalisme et sa responsabilité dans l'accelération des inégalités . Quant à la boutade sur les droits de l'homme , quelle mauvaise foi !!!!! L'ouvrage de Harari n'est pas un manifeste revolutionnaire !! ce n'est que le constat des processus en cours A moins qu'il faille y lire un contre manifeste du Dataisme !! :-)
Vegan et bouddhiste Yuval Noah Harari, né en Israël en
1976, universitaire spécialisé dans l'histoire militaire du Moyen Âge,
diplômé d'Oxford, donne des cours de World History à l'université
hébraïque de Jérusalem. Il a diffusé ses cours sur internet sous forme
de MOOC puis les a transformés en livres. La séduction qu'il exerce
tient sans doute à son style convivial de professeur charismatique qui
veut pousser ses élèves à remettre en question leurs idées toutes faites
pour montrer que leurs croyances et leurs valeurs sont fragiles.
Vegan bouddhiste et israelien !! De quoi se mettre à dos bien du monde !!!! Les religieux du livre, les acteurs de la filière alimentaire carnée et "beaucoup d'autres du politiquement correct !!
Végétalien - une grosse centaine de pages d'Homo Deus est
consacrée aux souffrances que Sapiens fait subir aux autres animaux -
Harari vit dans une communauté agricole coopérative près de Jérusalem.
Il est aussi adepte de la méditation bouddhiste, tendance Vipassana. Homo Deus est d'ailleurs dédié à son maître S.N Goenka.
Hum ! nier la souffrance animale , partisan d'une existence consacrée à la sagesse et à la recherche du bonheur , loin de la société de consommation , voilà des qualités qui meritent l'admiration !
Les droits de l'homme, une invention
Des personnalités mondialement admirées, comme Bill Gates et Mark Zuckerberg, ont chaleureusement recommandé Homo Sapiens.
Barack Obama a dit qu'il avait adoré cette «histoire de l'humanité vue
du ciel», curieuse expression pour qualifier une vision réductionniste
de l'homme. On se demande si l'ancien président américain a lu les pages
136 et 137 dans lesquelles Harari décortique le fameux passage de la
Déclaration d'indépendance des États-Unis qui dit que tous les hommes
sont créés égaux, doués de droits inaliénables parmi lesquels la vie, la
liberté, la recherche du bonheur. «Ces principes universels, affirme
Harari, n'existent nulle part ailleurs que dans l'imagination fertile
des Sapiens et dans les mythes qu'ils inventent et se racontent. Ces
principes n'ont aucune validité objective.» Harari écrit également, et
pour lui cela ne semble pas souffrir discussion, que «la liberté est une
invention des hommes qui n'existe que dans leur imagination». Il
entreprend alors une étrange traduction «en langage biologique» de la
Déclaration d'indépendance.
Le livre lu par des millions de gens n'a pas besoin d'adoubement de complaisance !
Harari écrit également, et pour lui cela ne semble pas souffrir discussion, que «la liberté est une invention des hommes qui n'existe que dans leur imagination»..
Ce n'est pas un "eureka" philosophique il me semble !!!!!!!
Quant à l'âme dont il est plus longuement question dans Homo Deus,
elle n'existe pas non plus, explique-t-il, puisque les chercheurs qui
ont scruté tous les recoins du cœur et du cerveau humain ne l'ont jamais
découverte. En France, Homo Sapiens n'avait pas fait
l'objet d'un grand lancement médiatique. Il s'est transmis de
bouche-à-oreille et… d'homme à homme. Phénomène singulier, il a été lu
principalement par des hommes de catégories socioprofessionnelles
supérieures qui le recommandaient à leurs amis, comme les lectrices le
font habituellement avec leurs romans préférés.
"L'âme 'existe pas" : J'adore :-) !!!!!
Qui trop embrasse sème la confusion Pourtant la plupart des lecteurs d'Homo sapiens,
lorsqu'on leur demande ce qu'ils en ont pensé et quel est le propos de
l'auteur, ont du mal à répondre. Ils plissent le front. En effet, en le
lisant, on se demande où Harari veut en venir. On sent qu'il veut en
venir quelque part, mais qu'il entretient un certain flou, ou peut-être
qu'il n'arrive pas à dissiper le flou de sa propre pensée. Il est
indéniablement plus à l'aise dans les passages narratifs que dans
lorsqu'il entreprend de philosopher. Ses lecteurs ont apprécié
le foisonnement de connaissances déployées. Il est vrai qu'on peut
picorer dans ces livres une multitude d'études chiffrées et d'anecdotes
historiques intéressantes. Mais dans certains domaines, ces
connaissances sont sujettes à caution, parfois erronées à force d'être
schématiques ou partielles, au point qu'on se demande si elles sont de
première main ou s'il répète ce qu'il a lu dans les livres répertoriés
dans la bibliographie. Une bibliographie où ne figurent que des ouvrages
et des articles contemporains. La culture classique de Harari, en
littérature et en philosophie, sans parler de la théologie, semble très
succincte. Harari a un réel talent pour vulgariser, faire
réfléchir en faisant marcher l'imagination de son lecteur. À cet égard,
il serait certainement un bon auteur de romans dans lesquels il pourrait
laisser s'exprimer les contradictions et les angoisses légitimes qui
l'habitent. Mais en refermant Homo Sapiens et Homo Deus qui
brassent des milliers de siècles, d'histoires, de sujets, d'idées et de
supputations, on est assommé comme si on sortait d'un chaos. À la toute
dernière page, Harari semble dire qu'il a eu lui-même cette impression:
«Élargir nos horizons peut se retourner contre nous en semant la
confusion et en nous rendant plus passifs qu'avant.» Étrange.
!!! Faut-il reprocher à Harari , le foisonnement de ses connaissances ? Faut-il lui reprocher , de nous laisser le choix de la conclusion ? Faut-il lui reprocher la reserve prophétique ?
Catastrophe :: il ne me reste plus qu'à changer le titre de mon roman !!!
En fait je suis très fière d'en partager les mêmes idées !!
J'attends qu'il soit publié en France et j'oserai la comparaison !!
S’il est bien une qualité que l’on ne saurait refuser au cynique, c’est la parrêsia :
le cynique, c’est celui qui a le « courage de la vérité » envers et
contre tout, qui dit la vérité sans ménager la société ou son
interlocuteur. Après la parrêsia politique et la parrêsia socratique, la parrêsia cynique constitue une troisième grande forme de courage de la vérité.
4°) Retour du politique, retour au politique
La parrêsia cynique qui se distingue, comme Foucault l’a montré de la parrêsia
politique (au sens du dire-vrai de l’orateur face à une assemblée)
reconduit pourtant à la fois indirectement et plus directement à la
question politique. Le philosophe cynique, en effet, dans la mesure où
il s’efforce de s’exercer à la « vraie vie », à une vie réduite au plus
essentiel et où il dénonce l’hypocrisie des valeurs reçues, des
mensonges et des faux-semblants du monde comme il va, dans la mesure où
il critique la servitude volontaire prônée par les tenants de l’ordre
établi, le philosophe cynique, donc, fait surgir l’horizon d’un monde
radicalement autre dont l’avènement supposerait la transformation du
monde tel qu’il est : faire advenir ce monde est une tâche politique, le
politique étant à entendre ici comme travail continuel sur soi et
exigence insistante face aux autres [11].
Le souci de soi n’est donc pas une recherche de bien-être narcissique
ou solitaire mais une pratique sociale qui doit mener à une invitation
au bon gouvernement des hommes : il faut se soucier correctement de soi
afin de pouvoir se soucier correctement des autres [12]. La parrêsia
cynique ne peut exister que sous le regard d’autrui : il faut qu’il y
ait des gens qui regardent Diogène se masturber en public, marcher en
plein jour avec une lanterne en disant « Je cherche un homme », traîner
un hareng le long d’une canne à pêche et faire ses divers happenings
pour que la philosophie cynique fonctionne. En se constituant comme
individus scandaleux et agressifs, les cyniques mettent ainsi tous ceux
qui les regardent face à leurs propres contradictions : l’ascèse de soi
(et c’est là l’une des originalités du cynisme par rapport aux autres
écoles philosophiques de l’Antiquité) ne vaut que si elle est adressée
sur la place publique dans une provocation aux autres. Elle est donc, en
ce sens intrinsèquement politique (mais pas au sens de la parrêsia politique étudiée lors du cours de 1982-1983).
[...]
Edgar Morin évoque les figures qui ont éclairé et nourri sa vie et sa pensée...
Héraclite
Montaigne
Pascal
Spinoza
Rousseau
Hegel
Marx
Freud
Jung
Heidegger
Piaget
Jsus
Bouddha
Dostoievski
Proust
Illich
Beethoven
Les penseurs de la science et les scientifiques penseurs.
Critique sur Phebus : Le jardin de Winter
Auteure : Valérie Fritsch née en 1989 , Autriche.
Un excellent roman qui m'a marquée profondément par son originalité narrative pour traiter d'un thème banal aujourd'hui , "la fin du monde" , par son atmosphère poétique, aux frontières du fantastique et de la métaphore .
Une catégorie (un genre de récits ) que je croise énormément ces temps ci en littérature et en cinéma
Je le rapproche de Le mur invisible un film et une auteur Allemande , Le cheval de Turin film du hongrois Bela Tarr Mélancolia , le fim de Lars von Trier
Tant de choses pourraient être dites sur le sujet , sur ces oeuvres et sur le sentiment général qui s'en dégage ....
Réflexions immédiates :
Parce qu'il est fréquent qu'à la fin de sa vie un homme associe la sienne et celle de l'humanité ?
Non car ces récits me semblent partagés par toutes les générations aujourd'hui
Parce que nous avons pris conscience récemment que les richesses de la planète n'étaient pas inépuisables , parce que nous croyons comprendre que l'homme a les moyens de détruire la planète ,au moins de la rendre invivable pour l'humanité ?
S'il n'en fait pas partie il préfère la déclarer morte comme lui .
Une conception qui exclut le post-humain
Parce qu'incapables de privilégier un nouvel idéal , nous serions submergés par le pessimisme?
Ceux qui ne partagent pas ce pessimisme se suffisent-ils de la dimension prosaïque qu'ils donnent à leur vie ?ou tout simplement ont-ils renoncé à vouloir trouver un sens à la vie.
Quelles options inspirent les plus optimistes qui rejettent ces mauvais augures ?
Parce que convaincus que leur propre existence n'est pas encore menacée ils refusent d'envisager l'issue pour les ( x?) générations futures qui les obligeraient à changer leur mode vie .
Faudrait-il croire au réveil de la sagesse et dans la possibilité d'un changement de cap efficace ?
???....
En 1938 , lorsque le philosophe Étienne Souriau dresse l'inventaire des différents modes d'existence qui peuplent le monde, une classe d'être retient particulièrement son attention : les êtres virtuels Ce sont toutes les potentialités qui accompagnent les existences comme des dimensions d'elles-mêmes, ce qu'elles pourraient être si .... Ce ne sont pas de simples possibles, car les virtuels existent à leur manière. Le problème c'est qu'ils manquent de réalité, comme s'il n'y avait pas de place pour eux dans le monde réel . Celui qui veut les faire exister davantage, leur donner "plus" de réalité n'est pas seulement un créateur, c'est un avocat. Il lutte pour leur droit à exister davantage, à occuper légitimement une place dans ce monde réel. toute création n'est -elle pas un plaidoyer en faveur des nouvelles existences qu'elle crée ? N'est-ce pas le problème de toutes les existences, dès lors qu'elles sont privées du droit d'exister de telle ou telle manière? C'est l'interrogation qui parcourt ce livre, au croisement de l'existence, de l'art et du droit. (4ème de couv.)
Une collection que j'apprécie au fil des mois
60 numéros
Il est temps de commencer à archiver :-)
avec la phrase clé choisie par la collection pour illustrer l’œuvre du penseur
Adorno : "La raison est un instrument de soumission de l'homme aux besoins de la société"
Aristote : L'homme heureux et la société juste sont le résultat d'un équilibre entre les extrêmes.
Averroès : "L'éducation, fondement d'une société heureuse."
Hannah Arendt : " Le totalitarisme est une forme de domination qui utilise la terreur pour détruire l'être humain"
Francis Bacon : Une nouvelle méthode scientifique basée sur l'observation et l'expérience
Walter Benjamin : "il faut construire l'histoire avec les vaincus"
Bentham : " Ce qui est moral produit la plus grande quantité de plaisir et la plus petite quantité de douleur ."
Bergson : L'intuition comme méthode d'apprentissage. Berkeley : "La réalité physique n'existe qu'en tant qu'elle est perçue ou pensée par quelqu'un "
Giordano Bruno : Dieu a crée l'univers infini dans lequel l'homme est libre.
Comte : Le positivisme scientifique permettra la création d'une société fondée sur l'ordre et le progrès.
Derrida : La différence , moteur d'une nouvelle forme de pensée.
Descartes : Le doute comme point de départ de la réflexion.
Diderot : "La connaissance libère l'homme et le conduit au bonheur "
Dilthey ; Il faut appréhender l'histoire par la subjectivité de ses acteurs (
19 11 1833 -1 10 1911 Allemagne)
Epicure : " L'objectif suprême de la philosophie est le bonheur"
Erasme : "Une critique acerbe de l'ignorance et du fanatisme, sources de tous les conflits"
Fichte ???
Foucault : Il n’existe d'autre vérité que celle produite par le pouvoir.
Freud : "Tous les actes de l'homme naissent dans l'inconscient"
Bruno Giordano : "Dieu a créé un univers infini dans lequel l'homme est libre"
Gadamer : Les êtres humains interagissent avec le monde au travers du langage. 11 février 1900- 13 mars 2002 Allemagne
Habermas : L'échange d'arguments entre les membres d'une société est le fondement de l'humanité
Hegel : " L'histoire est un processus menant à la liberté."
Heidegger : " L'homme est un être qui doit affronter sa finitude"
Héraclite et Parménide : Quelle est l'origine de toute chose? La première tentative d'une explication de l'univers"
Hobbes : " l'homme est un loup pour l'homme"
Hume : " Notre pensée est fondée sur l'habitude et l'expérience."
Husserl : " Pour connaître le monde il faut le mettre entre parenthèses."
William James : "La vérité est trop riche pour être saisie d'un seul regard" (1842-1910) U.S. Pragmatisme.
Kant : " Que pouvons-nous savoir et que devons-nous faire ? De la morale et la connaissance"
Kierkegaard : "Nous sommes seuls face à nous même et face à Dieu"
Leibniz : "Dieu cet être parfait a créé le meilleur des mondes "
Lévinas : Le sujet doit assumer la responsabilité d'autrui au point de renoncer à soi Locke : " L'état à le devoir de protéger les droits et libertés des citoyens"
Maïmonide : "Qui se rapproche de Dieu, par la foi ou la raison , se rapproche de la vérité"
Marx : " La lutte des classes est le moteur de l'histoire"
Merleau-Ponty: Le corps est l'instrument qui permet de communiquer avec le monde.
Stuart Mill : " L'individu est libre de faire ce qu'il désire, tant que ses actions ne nuisent pas à autrui"
Montaigne : "Il n'y a pas de vérités absolues"
Nietzsche : La critique la plus radicale des valeurs et de la morale occidentales .
Ortega y Gasset : "Le triomphe de la masse sur l'individu est une menace pour la démocratie"
Pascal : Pour accéder à la connaissance il est besoin du cœur autant que de la raison .
Peirce : La pensée est destinée à formuler une opinion finale qui sera la vérité.
1839-1914 Américain
Platon : Les réponses aux interrogations les plus actuelles sur la connaissance, l'éthique ou la justice.
Plotin : "L'Un est le principe de toute réalité, ce depuis quoi tout part et vers tout converge"
Popper : Pour qu'une théorie soit scientifique il doit être possible de la réfuter
Rawls : La justice est la vertu la plus importante d'une société démocratique."
Rousseau : L'homme est bon par nature . C'est la société qui le corrompt.
Russell : Seule la logique permet de bien penser
Saint Augustin : La foi et la raison mènent à la même vérité : Dieu
Saint Thomas d'Aquin : L'inaccessible pour la raison ne l'est pas pour la foi .
Sartre : L'homme radicalement libre est seul responsable de son existence .
Schelling : L'homme fait partie de la nature et doit vivre en harmonie avec elle
Schopenhauer : La reconnaissance de l'irrationnel comme force dominante de l'univers
Socrate: La sagesse commence avec le reconnaissance de notre ignorance.
Spinoza : L'homme libre connait ses passions et choisit celles qui lui siéent le mieux
Voltaire : De l'importance du dialogue. Tolérance et liberté de pensée.
Wittgenstein : "Les limites de notre langage sont les limites de notre monde"
dont extraits:
Résumé : Par leur titre même, Les affinités électives de Goethe
renvoient à la doctrine chimique des rapports entre différents corps
qui, à partir des travaux d’Etienne-François Geoffroy en 1718, s’impose
comme théorie dominante dans la chimie du XVIIIe siècle.
Goethe ne se contente pas d’une simple analogie entre les attirances
amoureuses qui font et défont les couples et les opérations chimiques
qui règlent les liaisons et les précipitations des substances chimiques.
Son excellente connaissance de la tradition chimique et alchimique le
conduit à considérer l’affinité comme une loi de la nature produisant
aussi bien ses effets en chimie que chez les êtres vivants et dans le
psychisme.
[...] 2 Pour rendre compte de la force qui
détruit le couple de Charlotte et d’Edouard et qui lie les deux nouveaux
couples qui se forment, Goethe a invoqué, comme le titre l’indique, la
puissance naturelle des affinités électives, notion empruntée à la
chimie de son temps, et dont il fait faire, par le Capitaine, un
brillant exposé de vulgarisation scientifique dans le chapitre quatre de
la première partie, avant même qu’Odile soit apparue. Le passage est
étonnant, audacieux même du point de vue de la structure du roman,
puisque Goethe n’hésite pas à sortir ses personnages de la trame même du
récit qui leur donne existence, pour leur faire tenir un discours qui, à
ce point d’avancée de l’intrigue, ne peut pas encore constituer une
tentative d’interprétation de leur propre histoire, et qui se trouve
donc, en quelque sorte, en surplomb par rapport au texte même du roman,
dont les personnages se seraient un instant échappés pour pouvoir
exposer les ressorts, non pas de leur existence subjective telle qu’elle
se déploie dans le corps du récit, mais des procédés même que l’auteur,
ou du moins le narrateur, utilise pour structurer son œuvre et
construire la psychologie de ses personnages. Il n’est finalement pas si
fréquent que dans un roman les personnages évoquent les procédés
littéraires qu’utilise l’auteur pour les faire exister.
[...] 4 Dans un essai d’une centaine de pages écrit en 1922 et publié en 1925 sous le titre « Les affinités électives de Goethe »2,
Walter Benjamin s’attache à rechercher la « teneur de vérité » de ce
roman, qu’il distingue de la « teneur chosale » qui intéresse le
commentateur (p. 36) ; cette teneur chosale est mythique : le contenu du
livre « apparaît comme un jeu d’ombres mythologiques déguisées en
personnages contemporains » (p. 45). Benjamin commence par rapporter les
réactions d’incompréhension et de rejet que suscita l’ouvrage dès sa
parution en 18093.
Goethe lui-même se souvient, dans une lettre de 1827, que face à son
roman, le public « s’est agité comme au contact d’une tunique de
Nessus ».Plus encore qu’immoral, l’ouvrage semblait dérangeant, Goethe
entretenant d’ailleurs le malaise en parlant à ses correspondants de
l’« abondante substance » qu’il avait cachée dans le roman et de son
« évident mystère »5.
Ainsi, juge Benjamin, Goethe parle de son œuvre en des termes
« justement destinés à interdire l’accès à la critique. A la technique
du roman, à ses thèmes véritables, il entendait conserver leur mystère »
(p. 51), et cela parce que « toute signification mythique réclame le
secret » (p. 52). Cette substance secrète, Goethe l’aurait révélée dans
son autobiographie, dans laquelle il évoque la présence dans la nature
d’une essence démonique, « quelque chose qui ne se manifestait qu’à
travers des contradictions », ni divine ni humaine, ni angélique ni
diabolique, hasard aussi bien que providence. « De cette terrible
essence, ajoute Goethe, je tentais de me sauver » 5Mais attention, poursuit Benjamin, il ne s’agit pas de céder au « proton pseudos »
de la méthode critique, cette erreur initiale qui affirme qu’un texte
n’est compréhensible qu’à partir de la vie de son auteur (p. 65) : « la
vie d’un homme, même lorsqu’il produit des œuvres, n’est jamais celle
d’un créateur » (p. 72). « L’essentiel, selon Benjamin, est plutôt la
lutte du poète pour échapper au cercle où la mythologie prétendait
l’enfermer. En même temps que l’essence même de cet univers, les Affinités nous présentent l’image de ce combat. » (p. 77).
[...] 11 Qu’il s’agisse bien plus que d’une
comparaison, que l’ouvrage présente l’évolution des relations amoureuses
des personnages selon les règles d’un déterminisme psychologique qui
rend vains les engagements et les promesses du mariage, et qui ne trouve
son explication que dans le cadre d’un système général d’attractions et
de répulsions entre les êtres, dont le cas de la chimie présenterait
l’une des applications jusqu’ici les mieux étudiées, c’est ce que Goethe
semble avoir voulu lui-même indiquer au public, lorsqu’il rédigea
l’annonce du roman qui parut dans le Morgenblatt du 4 septembre 1809 : [...] 12 Ce texte ne manque certes pas
d’ambiguïté, puisque Goethe signale l’origine anthropomorphique du
concept d’affinité, mais en même temps il justifie la pertinence du
rapprochement, qui ne peut donc pas se réduire à une métaphore (Gleichnisrede),
en invoquant l’unité de la nature dont les lois font sentir leur
nécessité jusqu’au cœur des libres décisions rationnelles. Ainsi, si les
lois de la physique et de la chimie sont aussi celles des relations
entre les êtres humains, et donc de la morale et de la politique, ce
n’est pas que les secondes se réduisent aux premières, mais plutôt que
les unes et les autres sont l’expression de lois de la nature plus
fondamentales. Le rapport entre chimie et psychologie n’est donc pas
simplement métaphorique.
[...] 28 C’est précisément l’échec de ces tentatives de mathématisation des affinités qui conduira les chimistes du début du XIXe
siècle, après les vains efforts de Berthollet et de Laplace, à
abandonner la théorie des affinités au profit de recherches sur les
forces chimiques et électriques dans lesquelles les tableaux d’affinités
ne jouent plus aucun rôle. De ce point de vue, on pourrait dire que
c’est au moment où la théorie des affinités électives disparaît de la
chimie que Goethe lui offre une nouvelle fortune dans l’univers romanesque.
[...]
33 Ainsi, la
seule chose qui distingue les êtres humains des molécules d’acide ou de
métal, c’est que la conscience qu’ils ont de leur situation leur donne
l’illusion qu’ils pourraient s’opposer aux lois de l’affinité, alors que
leur bonheur ne peut être que dans l’adhésion aux forces naturelles qui
les entraînent contre toute raison et contre toute loi humaine. C’est
Edouard désormais qui s’exclame :
« Quelle folie de
rejeter délibérément et précipitamment ce qui nous est le plus
indispensable, le plus nécessaire, que peut-être nous pourrions encore
conserver, même si nous sommes menacés de le perdre ! Et pourquoi cela ?
N’est-ce pas uniquement pour que l’homme semble avoir la possibilité de
vouloir et de choisir ? C’est ainsi que souvent, dominé par cette sotte
prétention, je me suis arraché à des amis des heures et des jours trop
tôt, simplement pour n’y être pas contraint par l’inexorable terme
final. mais cette fois je veux rester . Pourquoi m’éloigner ? »
[...] 44 Bien évidemment, les références de
Goethe ne sont plus alors les traités sur les affinités, mais toute la
littérature alchimique de la fin de la Renaissance et du XVIIe
siècle, qui évoque en effet constamment des destructions et des
résurrections, qui compare l’antimoine à un loup dévorant parce qu’il
purifie l’or, qui multiplie les métaphores sexuelles, ou qui, à la suite
de Paracelse, prête aux substances chimiques corps, âme et esprit, ou
encore qui, comme Van Helmont, discerne en toute chose un « Archeus faber »,
principe directeur qui possède la connaissance lui permettant de
conduire les corps vers leur destinée, dans une vaste correspondance et
analogie des corps inférieurs avec les êtres supérieurs, le microcosme
et la macrocosme, le monde d’en bas et celui d’en haut.
45 Il n’est donc pas étonnant que Goethe,
pénétré de ces références à la littérature alchimique, insiste sur le
caractère général des attirances du semblable par le semblable : « Quand
nous examinons dans la nature ce qui s’offre à nous, nous remarquons
d’abord que tout est attiré par soi-même » (p. 72), affirme le Capitaine
au début de son exposé, tandis qu’Edouard poursuit en donnant des
exemples : « Représente-toi l’eau, l’huile, le mercure, tu découvriras
une union, une cohésion de leurs éléments. A cette union, ils ne
renoncent que contraints ou orientés différemment. Cette influence
extérieure éliminée, aussitôt ils reconstituent l’ensemble »
(pp. 72-73). Ce premier stade dans l’exposition de la doctrine de
l’affinité, où il est question de l’attirance du semblable par le
semblable, est totalement absente du traité de Bergman, qui commence au
contraire en situant l’affinité chimique dans le cadre plus général de
l’attraction newtonienne, dont la loi est immédiatement rappelée.
Certes, on pourrait croire, poursuit Bergman, que les lois de
l’attraction éloignée différent de celles de l’attraction prochaine ou
chimique, mais cela tient simplement au fait que, lorsque les corps sont
très proches l’un de l’autre, la figure et la situation des parties
joue un rôle aussi important que celles du tout. Il y a donc des
quantités que l’on peut négliger dans l’attraction éloignée où la
question du contact n’intervient pas. Il ne sera pas question de tout
cela dans le roman de Goethe.
[...]
59Goethe a
donc exploité un fonds bien plus large que celui des traités portant sur
les affinités chimiques, qui est celui de la chimie tout entière,
allant jusqu’à retrouver dans la chimie de son temps des doctrines qui
fleurissaient dans les textes alchimiques de la Renaissance.
60On
pourrait alors soutenir que l’apparente facilité avec laquelle la
doctrine chimique trouve à s’appliquer aux relations humaines s’explique
par le caractère anthropomorphique de l’explication traditionnelle des
opérations de la chimie. Alors, plus que d’une transposition de la
chimie dans le roman, ou d’un traitement romanesque de la chimie, c’est
du romanesque de la chimie elle même dont il faudrait finalement parler.
Mais cela, dira-t-on, ne vaut que pour une science ancienne, périmée
comme aurait dit Bachelard. Sans doute, et la chimie traditionnelle
serait romanesque au même titre que l’était la physique cartésienne :
non pas tant par le recours à des métaphores que par la nécessité de
construire des hypothèses. Mais n’en est-il pas ainsi de toute science ?
Et, quelles que soient ses références à des théories chronologiquement
éloignées, n’est-ce pas à la chimie de son temps que Goethe entend
apporter sa contribution ? N’est-ce pas aux ressorts profonds des
relations individuelles telles qu’elles existent actuellement qu’il
souhaite appliquer le bénéfice des découvertes de la chimie ? Dans ces
conditions, si la science est si souvent présente dans la littérature,
n’est-ce pas d’abord parce que le discours scientifique contient
toujours en lui-même quelque chose du roman ?